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lundi 10 août 2015

Les Contes de Bibi-Gol - 5 - Le Fantôme de l'imam - première partie



Au début de l’été, une bonne bouteille de vin avait rassemblé cinq amis dans le salon d’Arach. Notre discussion était vive et amusée. D’un sujet à l’autre, nous en étions venus à parler des peurs superstitieuses. Violette, une amie, se mit à taquiner Arach sur sa frayeur des djinns. J’évoquai les fantômes. Existait-il des fantômes dans la tradition musulmane ?, demanda mon épouse. Arach et sa femme firent une moue dubitative. Ils réfléchirent puis ils dirent qu’ils n’en avaient jamais entendu parler. L’âme des morts montait au paradis ou en enfer et s’y attachait définitivement. Cependant, les morts, dans leur linceul terrestre, sont dotés d’une qualité de présence, d’une forme d’écoute des vivants ; c’est pourquoi il faut respecter leurs tombes.
Je voulais en savoir plus, je demandai s’il existait des histoires de fantômes en Islam. Les littératures occidentales et celles d’extrême orient débordaient de ce genre d’histoires. Mais je n’en connaissais pas qui fussent liées à la culture musulmane. Arach proposa de demander à Bibi-Gol, peut-être l’ancêtre connaissait-il une histoire de fantôme ?
Nous voilà donc nombreux devant ce vieux personnage, dans la chaleur du grenier. Il grignote patiemment nos offrandes et dodeline de la tête en écoutant nos questions.

« Vous avez raison de vous étonner de l’absence d’histoires de fantômes dans notre folklore. Mais les croyances sont ainsi établies. Pourtant, j’en connais au moins une, fait-il, qui ressemble un peu à ce genre particulier.
Ça se passe il y a quelques décennies de cela, dans un bourg du Moyen-Orient.
L’imam Badreddine avait trépassé. C’était le plus droit des imams, une lumière de la religion : jamais il n’avait eu une pensée ou un acte déplacé. Il avait donné bien plus qu’il n’avait reçu. En toute chose, il avait été doux. Avec ses fidèles, il avait été l’homme le plus attentif et le plus convaincant. Il n’avait jamais eu recours à la violence, pas même en paroles. Son autorité et le rayonnement de ses idées avait fait de ses suiveurs des hommes et des femmes dignes d’entrer droit au paradis. Il s’était toujours tenu à parfaite distance des femmes ; il n’avait pas bu une goutte d’alcool ; il n’avait pas dit une seule obscénité, un seul juron de sa vie ; il n’avait jamais dansé — tout juste avait-il écouté quelques cassettes de chanteurs que son épouse (Dieu la préserve afin que Badreddine puisse la retrouver au paradis !) aimait bien.
Bref, quand l’imam Badreddine mourut, son âme se sépara de son corps et fila comme une fusée devant Allah sur l’autoroute bien indiquée du paradis.
Mais, parvenu aux portes du jardin merveilleux, l’imam Badreddine fut stoppé net par un rassemblement d’âmes portant pancartes et faisant grand bruit. Badreddine fut ému de retrouver les chers fidèles de sa mosquée. Cependant, ces derniers faisaient bloc et l’empêchaient d’atteindre le jardin ! Que se passait-il ? Il lut les pancartes et écouta les slogans : « Non à la venue de l’imam Badreddine » ; « trop de vertu mène à l’ennui ! » ; « à cause de lui, j’ai raté ma vie sur terre, je ne veux pas d’un emmerdeur au paradis ! » ; etc.
Tous ces gens étaient au paradis grâce à lui, songeait l’âme de Badreddine, pourquoi s’opposaient-ils à lui ?
Un petit contingent d’âmes se détacha de la manifestation et vint à lui.
« Cher imam, dit l’un d’entre eux. Ne croyez pas que nous ne vous aimons pas. Mais vous fûtes un modèle trop exigeant avec nous et nous avons traversé la vie terrestre comme des pantins tristes, soumis à votre loi. Nous n’avions jamais connu la franche gaieté après l’enfance et avant le paradis, nous n’avions jamais joué, ri avec des personnes de l’autre sexe avant d’entrer dans le jardin, et ceux du jardin se sont moqués de notre pudeur extrême… Il a fallu apprendre à se décoincer. Songez que pour les femmes rire devant des hommes était une épreuve insurmontable. Alors qu’ici ce devrait être la chose la plus naturelle ! Maintenant, vous voici qui méritez certes une place parmi nous… Mais jamais nous ne pourrons faire ce que nous faisons devant vous ! Si vous entrez dans le jardin, nous n’oserons plus rire et jouer entre hommes et femmes, nous n’oserons plus nous rouler dans l’herbe, chanter et danser sous l’ombre puissante de votre regard… »
L’auguste imam roula des yeux formidables devant ce plaidoyer qui lui semblait parfaitement absurde. Depuis quand le paradis fonctionnait-il comme une démocratie ? Pourquoi laissait-on ces âmes lui barrer la route ? Toute sa vie, il avait rêvé du jardin ! Et, parvenu si près du but, après avoir reçu le sourire d’Allah, de simples humains le repoussaient !
« Vous voudriez envoyer votre cher imam en Enfer ?, implora-t-il.
—    Oh non ! Maître ! Vous ne méritez certainement pas cela… », s’écrièrent de nombreux fidèles.
Pourtant, leur masse formait un obstacle obstiné à son entrée dans le jardin.

L’âme épuisée de l’imam redescendit, comme une plume céleste, sur terre.
Il pleuvait, la terre mouillée exhalait des parfums secrets.
L’âme se posa sur la tombe de son propriétaire où, allongée sur la pierre, elle reprit des forces au contact du mort.

Alors, comme électrisée, elle se redressa et fila à travers champ vers la ville. L’imam fulminait. Jamais il n’avait ainsi ressenti la colère ; l’air humide pétillait au contact de l’âme scandalisée de Badreddine.
L’imam ne regardait pas devant lui, il courait le long d’un mur trempé de pluie. Son contact corrodant faisait fondre la peinture du mur derrière lui, comme sur la mer le sillon d’un bateau à moteur. Tournant au coin de ce mur, il ne vit pas surgir sur sa trajectoire, le corps mobile d’une fillette. Il n’eut pas même l’occasion de l’esquiver et le percuta de plein fouet.
La fillette crie de douleur et tombe sur les fesses.
« Qu’est-ce que c’était qu’ça ! », s’écrie-t-elle, regardant de tous côtés pour voir si un garnement dissimulé ne lui a pas lancé un caillou dans le ventre.
Rien.
Sauf, dans son corps, l’âme épouvantée de l’imam Badreddine qui fonçait de droite et de gauche pour chercher une issue. Mais il n’y en avait aucune, on ne pouvait pas sortir de là. Il était prisonnier du corps d’une fille !
« Aziz, c’est toi qui m’a lancé un truc ?!, brailla la petite fille. Lâche ! Sors de ta cachette !... »
Les yeux de la gamine scrutaient le moindre muret, à l’affut. L’imam Badreddine sentit que le cœur de l’enfant accélérait d’excitation ou de peur. Elle brandit en l’air un bâton.
« Aziz ! Bilal ! Bande de coquins ! Je vais vous taper la tête ! »
L’âme de Badreddine fut impressionnée. Quelle petite brute !
« Je démolirai vos crânes de brique ! Je fourrerai des sardines à l’huile dans vos trous d’nez ! Vous me demanderez pardon et vous irez pleurer auprès de vos mamans ! », hurla la fille.
L’imam, au comble de la souffrance morale, chercha par tous les moyens à fuir le corps d’une enfant si agressive. Il remue bien en tous sens, tant et tant que la fille en a un vertige et s’effondre dans une flaque boueuse. Elle lâche un petit cri. Badreddine ressent le froid de l’eau, sur les mains, dans le pantalon, puis il se met à sentir également l’eau de pluie qui ruisselle partout, dans les cheveux sales, derrière les oreilles, sur les joues et le menton. Son âme avait parfaitement investi tout le corps de la fille. Pourtant, si lui pouvait entendre les pensées de l’enfant, ressentir ses sensations et la moindre de ses émotions, elle, au contraire, ne semblait pas s’apercevoir de la présence intrusive du fantôme de Badreddine.
Auprès du jardin - miniature du XVIe siècle - détail

mardi 26 août 2008

Chercheurs de l'étrange

Ah ! Merveille des comptes-rendus google analytics ! Je vous livre les 25 premiers résultats de recherche Google qui ont conduit des lecteurs errants sur mon site. Pauvres chercheurs en quête souvent de l’étrange, j’imagine que vous fûtes déçus ; en tout cas la liste que vous constituez est d'une incongruité délicieuse :

  • louis butin
  • "photo"elle est assise à son bureau et laisse entrevoir sa petite culotte
  • "roi heenok" blogspot.com
  • baignoire assis
  • baignoire petite longueur
  • baignoire sous pente
  • baignoires de petite dimension
  • blog petites fesses moulées de fille
  • cascades baton sculpté
  • clitoris congestionné
  • colmater baignoir en émail
  • dimension baignoire sabot
  • fesses de butin
  • fille black sesie
  • le haut butin 14
  • les quatre vieux
  • les seins tendus sous l excitation
  • luis butin
  • m baignoire
  • nom d'une plante dite misere
  • photo membre fantome
  • recherche petite culote deja porte
  • recits illustres fessées

Je comprends très bien que l'on cherche à voir des "fesses de Butin", c'est une des plus belles merveilles qui se puisse révéler. Mais que l'on parvienne à mon site en cherchant une "fille black sesie"... Je ne me souviens pas avoir commis de faute d'orthographe de cet ordre là, ni même avoir chargé un personnage d'un très lourd cheveu sur la langue qui l'aurait conduit à ne pouvoir prononcer "sexy" correctement... Le pauvre... Ce serait un traitement inhumain... Le faire zézayer ainsi... "Mademoiselle, vous savez, ze vous trouve très sesie. Ze voudrais vous zembrazer..."
Ah, et au nombre des obsédés, j'éprouve une profonde compassion pour celui qui "cherche des petites culottes déjà portées" et qui se retrouve sur mon blog, d'autant que le bougre, en plus de porter en lui une insondable misère sexuelle, poids moral parfois plus éprouvant qu'une appétence musicale pour Mylène Farmer, mais moins toutefois qu'un goût certain pour les armes à feu, ce bougre d'obsédé, l'accablai-je, ne sait pas écrire "culotte" sans faire une faute d'orthographe, quant à l'accord en genre... mais ne l'éreintons pas plus, ce brave chercheur de parfums, ce poète maudit.

Quant à tous les architectes et les techniciens qui souhaitaient obtenir des précisions sur les baignoires de petites dimensions, ils ont, je l'espère, appris dans ces colonnes les dangers de ces meubles et ont à n'en pas douter renoncé à leurs projets.

Ah oui, et puis la plante qu'on appelle misère... Tradescantia flumensis... pas grand chose à dire là-dessus... C'est robuste, ces bêtes-là !

Et quelle puissante curiosité pousse un individu doté de raison (supposition déterminée pour une personne sachant se servir d'Internet) à rechercher l'image d'une chose invisible par définition ? Qui peut bien chercher à trouver la "photo d'un membre fantôme" ? Comment s'appelle la figure de style qui correspond à ce type de formule contradictoire : "photo d'un membre fantôme", ou que sais-je, "recherche labeur oisif" ? Ah oui, l'antiphrase ! Je définirai donc doctement la recherche sus-mentionnée par les termes d' "antiphrase à caractère sexuel non-résolu".

Mais mon résultat préféré demeure "cascades baton sculpté" ; ce devait être ce cher Indiana Jones, qui, depuis l'ordinateur de l'université où il enseigne, cherchait l'un de ces objets chargé de mystérieux pouvoirs...
La fameuse Cascade au Bâton sculpté, toujours introuvable, forclose en sa jungle impénétrable, attend l'homme qui saura déclencher le Mécanisme. Il y a, dans cette Cascade au Bâton sculpté, un je ne sais quoi de révélation sexuelle primordiale. Qui sait si ce brave Indy y recherche, à l'approche du déclin, la source de sexualité éternelle. Car il me semble que le Saint Graal, s'il apporte longue vie à celui qui y a bu, ne résoud pas tous les problèmes de la prise d'âge... C'est à la suite d'un énième spam lui proposant du viagra à des prix défiant la concurrence du pharmacien de quartier qu'Indy a décidé de prendre les choses en main, si je puis me permettre cette formule terriblement ambiguë, et qu'il est passé, oh, pour une poignée de secondes seulement, par mon blog... Ce qu'Indy ne sait pas, c'est que la réponse à ses questions est bel et bien entre les lignes... Voilà qu'il a failli dans sa lecture diagonale, superficielle. Pauvre ami, j'étais ton dernier espoir de sexualité épanouie.

Internautes, vous êtes profonds, peut-être sans le savoir... Ainsi la personne qui réalise l'accolage des mots "clitoris congestionné" offre un pendant (hum, sic) admirable à la "cascade au bâton sculptée" évoquée à l'instant.

Bref, cette somme de considérations laborieuses pour dire que, à la suite de nombreux auteurs, puissants esprits du XXe siècle que je vous ferai grâce de ne pas citer (la liste serait trop longue, mais allons-y néanmoins de quelques noms : Perec, Queneau, Valery, Joyce), s'affirme la force des listes.
Je ne pense pas que j'aurais pu faire une plus belle liste de recherches supposées. La puissance d'évocation, l'humour intrinsèque et la richesse combinatoire interne de cette liste réalisent une création littéraire cohérente, aléatoire et démocratique.
Et à n'en pas douter, ce billet m'apportera d'autres poètes de la plus belle eau...