<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597</id><updated>2011-10-29T11:53:05.565+02:00</updated><category term='cannibalisme'/><category term='secret'/><category term='récit initiatique'/><category term='corps transporté'/><category term='zoophilie'/><category term='mythologie talave'/><category term='Textes fondateurs'/><category term='humour'/><category term='Derim ; 1001 bandits'/><category term='banlieue parisienne'/><category term='mythologie'/><category term='contes du désir'/><category term='Ovide'/><category term='Poésie'/><category term='Augustin Roussette'/><category term='bizarreries'/><category term='Derim'/><category term='Paris'/><category term='critique picturale'/><category term='littérature'/><category term='Vénus callypiges'/><category term='Hip hop québecquois'/><category term='récit de voyage'/><category term='philospohie'/><category term='référencement'/><title type='text'>Les carnets de Louis Butin</title><subtitle type='html'>Un homme frémit, rit ou pleure ; l'émotion gagne le lecteur ; un paysage s'imprime sur son cortex, par les mots du livre ; une pensée rassemble les idées en une cohérence fondamentale ; une pulsion s'extrait du lecteur, chaude et distante. Ce moment précieux est l'instant du butin.
En son nom, inclos de générations de romanciers, de poètes et de journalistes, se tient la manne enthousiasmante des révélations posées en une somme d'Aïdos, associées, dissociées, mêlées : Butin, malice et loi.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>22</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-8658225486117248551</id><published>2009-06-02T10:02:00.002+02:00</published><updated>2009-06-16T10:27:44.013+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='corps transporté'/><title type='text'>Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 4</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Mais d’abord un petit café, parce que la boutique n’ouvre pas tout de suite. Quand même, ce pauvre Frank…&lt;br /&gt;Face au buffet sur lequel trône la cafetière, Raphaël cherche un instant des traces du raz de marée qui a submergé Frank : mais rien… Il a dû se mettre tout sur lui. En même temps, c’est vraiment compliqué de se renverser du café sur soi, il y a sur la cafetière un petit clapet de sécurité qu’on actionne avec le pouce ; il faut limite le faire exprès.&lt;br /&gt;De l’autre côté du buffet, la frimousse de Cécilia, depuis son bureau, sourit à Raphaël. Il fait un petit bond vertical, comme si on lui avait flanqué une pichenette sur le front et renvoie son plus beau sourire.&lt;br /&gt;« T’as l’air vachement concentré, dit-elle avec ironie.&lt;br /&gt;— Oui, oui, quelques dossiers importants… Mais j’ai une petite course à faire avant.&lt;br /&gt;— Ah bon ?, dit-elle, un brin inquisitrice.&lt;br /&gt;— Rien du tout. Pas grand-chose… » Et il se tait, alors qu’il aime bien parler aux jolies filles.&lt;br /&gt;Il s’en va siroter son café plus loin ; oui, c’est cela, loin des conversations où il pourrait sans le faire exprès trahir son ami…&lt;br /&gt;Sortir, en fait, sortir de là et profiter du soleil, parce qu’il fait bon. Pas encore trop chaud. Tout à l’heure, il passera et repassera un mouchoir sur son front emperlé de sueur ; pour le moment, ça va, c’est respirable.&lt;br /&gt;Sur l’avenue bordée d’arbres, il inspire avec satisfaction l’air bouffant des premières chaleurs matinales. Dire qu’il n’en a même pas profité, tout à l’heure, en sortant du métro. Il parcourt les petites centaines de mètres qui séparent l’agence du magasin He-Casual en une poignée de minutes.&lt;br /&gt;Bien sûr, la boutique n’est pas encore ouverte. Jetant un œil dans la vitrine, il a déjà repéré le modèle de jean qu’il va acheter.&lt;br /&gt;Encore une dizaine de minutes ; le temps de se jeter un autre café ? Non, c’est con, il vient d’en prendre un. Il se masse un instant le ventre creux : un pain au chocolat ? Mmh, pourquoi pas.&lt;br /&gt;Effilochant le pain au chocolat à petites bouchées, son dos emmagasinant les rayons du soleil, Raphaël ne peut s’empêcher de penser à Frank qui en ce moment doit être enfermé dans un minuscule chiotte, en caleçon, héhé, un costume ruiné en tas par terre… Il s’interroge sur cette histoire de café ; est-ce que c’est vraiment crédible ? Mais au moment où il commence à imaginer des scenarii un peu sales, sa générosité morale vient barrer sa propension à l’amusement : Frank, c’est un ami. Un jour, Frank lui racontera la vérité. En attendant, ça ne sert à rien de s’imaginer des trucs.&lt;br /&gt;Et allez, il est le premier client de la journée. Il a filé droit vers les cases où sont entreposés les jeans ; du 38… Frank fait bien son mètre quatre-vingt… Pas de street wear ni de slim, ni de taille basse : pas le genre de Frank tout ça… Voilà. Il a passé le jean plié sur son bras droit. Il sent une présence juste derrière son dos et, se retournant, se trouve presque collé à une vendeuse qui ajoute au zèle la grâce d’un corps bien formé et parfumé, d’un visage frais comme une pivoine — rouge à lèvre idéal et peau de café mêlé d’ambre.&lt;br /&gt;Ah, les filles sont fabuleuses, à Paris !&lt;br /&gt;Et, alors qu’elle lui demande s’il voudrait essayer le jean et qu’il se sent balourd, lui expliquant que le pantalon n’est pas pour lui… et s’empêtrant dans des considérations idiotes sur son hétérosexualité, parce qu’il se sent obligé de se justifier… il se figure qu’il est Ulysse et que ces filles sont des sorcières ! Il a une mission sacrée et les filles lui font du charme pour l’en détourner. Le regard courroucé de sa copine lui vient en imagination ; hum, il n’y a pas que la mission sacrée, héhé.&lt;br /&gt;Ulysse, un de ses héros préférés, son premier plaisir de lecture : un type malin qui se joue des obstacles et qui se laisse un peu faire, de temps à autre, par de jolies femmes. Et comme il repense un instant à sa copine, il se dit à part lui qu’Ulysse est un peu un connard.&lt;br /&gt;Sur le chemin qui le mène au sauvetage de son ami, il se sent les pieds légers et les pensées un peu troubles. En réalité, même si l’on voulait qu’il se passe quelque chose avec ces petites sorcières, il est peu probable que cela arriverait…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-8658225486117248551?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/8658225486117248551/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=8658225486117248551&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8658225486117248551'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8658225486117248551'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2009/06/le-corps-qui-voyage-partie-4.html' title='Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 4'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-4285911902286181501</id><published>2009-05-29T11:26:00.006+02:00</published><updated>2009-06-18T18:13:58.133+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='corps transporté'/><title type='text'>Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 3</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;— Raphaël ?&lt;br /&gt;La voix de Frank, forte, mais peu assurée, résonne dans l’exigüité des toilettes ; désagréable, comme une fausse note.&lt;br /&gt;Presque le silence, et puis la suite logique des sons d’un homme agacé qui utilise toutes les fonctionnalités des toilettes.&lt;br /&gt;Frank se tord les poignets d’embarras. Son histoire ne s’arrange pas.&lt;br /&gt;Il sait bien que Raphaël n’est pas parmi les premiers à arriver au travail. Il lui faut combien de temps, pour venir de chez lui ? Largement plus d’une demi-heure...&lt;br /&gt;Enfin, sourit Frank, examinant son cas, si cette mésaventure avait bien voulu attendre qu’il fût habillé, ça lui aurait rendu service : cela lui aurait économisé le métro.&lt;br /&gt;À nouveau la porte des toilettes, et cette fois une voix qui ne trompe pas. C’est une voix à la texture un peu soul qui chantonne : — Ouh, I’ll make love to you babe : delivering the sunshine.&lt;br /&gt;Et le bref éclat de rire narquois de celui qui s’amuse d’une chanson un peu idiote.&lt;br /&gt;— Raphaël.&lt;br /&gt;Frank a prononcé son nom, moitié murmure, moitié cri, du fond de la gorge avec un bouchon de tissu dessus.&lt;br /&gt;— Frank ! Euh, ça va ?&lt;br /&gt;— Bof, franchement : j’suis en galère, là ! (Quand il parle à Raphaël, Frank use d’expressions de jeunes, pour se donner une image plus détendue.)&lt;br /&gt;— Ah ouais ? T’es tombé dans le trou ? Heu !&lt;br /&gt;— Non, c’est pas ça, mais c’est presque aussi con.&lt;br /&gt;Un rire raphaëlite éclate comme un pochon trop chargé de bouteilles.&lt;br /&gt;— Arrête, s’il-te-plaît. Voilà, j’ai ruiné mes fringues, et je peux pas sortir. J’ai besoin que tu ailles m’acheter un jean et une chemise.&lt;br /&gt;— Non ?! Comment t’as fait ton affaire ?&lt;br /&gt;— Euh, avec la cafetière, là… J’ai failli me brûler, en plus.&lt;br /&gt;— Ah ouais ?! Ca doit faire mal, ça. Mais, tu sais ? Enfin, je veux dire… T’es pas obligé de t’enfermer dans les toilettes si tu t’es seulement taché !&lt;br /&gt;— Non, mais voilà : je m’en suis mis partout, et puis c’était trempé. Je me suis foutu en caleçon. Je suis en caleçon, là ! Haha !, se force à rire Frank.&lt;br /&gt;— Euh ! C’est chaud !, s’exclame Raphaël. Attends ici, je vais te ramener toutes les go de l’étage !&lt;br /&gt;Raphaël est hilare. À ce train-là, il va en parler à tout le monde… Bref, ce n’est plus le moment de montrer le moindre soupçon d’autodérision :&lt;br /&gt;— Non, en fait, franchement, ça me fait pas rire du tout. Enfin, en ce moment, c’est pas le genre de chose qui pourrait me faire rire. Tu peux me rendre ce service ? Et aussi te taire sur le sujet ? Je n’ai pas besoin que les autres, du marketing, se foutent de ma gueule.&lt;br /&gt;— Bon, allez, ouais, tu peux compter sur moi. Mais comment on fait ?&lt;br /&gt;— Eh bien, j’ai oublié mon portefeuille aujourd’hui, alors… Tu n’as qu’à aller chez He-Casual : tu me prends un jean un peu sombre en 38 et une chemise blanche M. Je te rembourserai. Franchement, tu me rendrais un immense service…&lt;br /&gt;— C’est la première fois que j’entends un truc pareil. Tu vas m’attendre ici ?&lt;br /&gt;— Bin ouais… Mais voilà, tu as le beau rôle : on n’a pas souvent la chance de pouvoir aider un ami dans la galère et en profiter pour se faire une petite virée de shopping !&lt;br /&gt;— J’espère que ça sera ouvert…&lt;br /&gt;— La boutique ouvre à 10H, si j’me souviens bien.&lt;br /&gt;— Dans une petite demi-heure… Bon. Ca va aller, Frank ? Tu vas survivre ? Tu veux que j’aille voir à la réserve, pour te ramener des biscuits ? Heuheu !, s’esclaffe Raphaël, mais pas trop longtemps ; Frank n’a pas l’air dans son assiette.&lt;br /&gt;Ils échangent les dernières consignes et se taisent brusquement quand survient l’un des directeurs associés. Bonjours, regards en biais de Raphaël pendant qu’il fait mine de se laver les mains et que le directeur se tient avec l’arrogance d’un cowboy, les jambes arquées devant la pissotière et faisant tinter la porcelaine de tout l’éclat de sa virile assurance, le front haut, et Raphaël s’éclipse vers sa mission de sauvetage…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-4285911902286181501?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/4285911902286181501/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=4285911902286181501&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/4285911902286181501'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/4285911902286181501'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2009/05/le-corps-qui-voyage-partie-3.html' title='Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 3'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-3703262461159956321</id><published>2009-05-28T11:24:00.005+02:00</published><updated>2009-06-18T18:13:44.065+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='corps transporté'/><title type='text'>Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 2</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;De l’autre côté de la porte, c’est le silence.&lt;br /&gt;Où aller ? Où fuir les regards ? Comment se tirer de là ?&lt;br /&gt;Frank a faim et il a envie d’aller aux toilettes. Une impulsion : il est dans le couloir ; pas une âme, ouf ! Ses chaussures de tennis ne font aucun bruit sur la moquette ; il file à droite vers les toilettes les plus proches. Pourvu que personne de l’entretien n’y soit… Il entre. Le trolley de nettoyage stationne près des lavabos. Frank s’engouffre dans une cabine. Le siège est couvert d’un gel bleu à l’odeur synthétiquement fraîche qu’il essuie à l’aide de papier hygiénique. Il s’installe et se soulage la vessie.&lt;br /&gt;Lentement, les minutes s’écoulent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Frank entend la porte s’ouvrir, des pieds chaussés d’escarpins, puis le son creux de seaux en plastique, et enfin, le soupir de l’agent de nettoyage.&lt;br /&gt;— Oh ! Il y a quelqu’un ?, dit-elle soudain.&lt;br /&gt;Elle a remarqué le loquet rouge à la porte de son réduit.&lt;br /&gt;— Oui, c’est Frank, je viens d’arriver.&lt;br /&gt;— Oh ! Pardon !&lt;br /&gt;Il écoute Sidonie s’activer dans la pièce puis s’occuper des cabines adjacentes. Il distingue un autre soupir alors qu’elle quitte les toilettes, une fois son travail terminé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec le temps, il réfléchit à une idée pour se tirer de ce mauvais pas. Il lui faut le secours d’un ami : Raphaël. Bien le genre à poser des questions embarrassantes, mais un type secourable.&lt;br /&gt;Bien, il est impossible, dans ce genre de circonstances, de dire la vérité. Frank se dit en souriant que si sa vie était régie par des principes moraux extrêmement stricts, même si le mensonge avait été pour lui le péché le plus grave, il n’aurait pu éviter, en cette occasion, de mentir. Quand surviennent des événements aussi déraisonnables, la vérité vous conduit en hôpital psychiatrique…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est entre quatre murs blancs étriqués ; il y a quelques instants, il se trouvait dans le noir — contraste dans lequel son corps blafard l’indispose lui-même. Etrange cette impression : c’est la première fois qu’il se trouve nu sur le siège des toilettes (chez lui, les WC sont séparés de la salle de bains). Une pesanteur grossière, honteuse, un peu pitoyable, lui, un homme si élégant…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les personnes sont peu charitables. Si l’on venait à le surprendre ainsi, ce serait la mise à mort : les rires, le bouche à oreille, les yeux qui se baissent à son passage et la gêne.&lt;br /&gt;Parce qu’il n’a rien à faire, nu, au bureau. Il n’y a aucune explication qui tienne dans la nudité.&lt;br /&gt;Mais le sentiment qui revient, c’est le désarroi face au manque de commisération humaine. Aucune compassion à attendre, ou alors bien plus tard, quand on revient en pensée sur de lointains événements passés : — tu te souviens de Frank ? — Oui, et pas qu’un peu… — Tout nu, dans les toilettes… — Il avait pété un câble, ou quoi ? — Tu te souviens : on ne pouvait plus lui parler en face. Quand on parlait avec lui, il y avait ce fantôme nu qui se mettait entre les deux… — On n’aura jamais su le fin mot de l’histoire… Le pauvre, quand même, on lui a pas vraiment laissé le choix. — Tu crois qu’on aurait pu oublier un truc pareil ? — Non, mais… je n’sais pas… tout le monde a un jour un passage à vide. Là, c’était peut-être un peu trop spectaculaire... — Je me mets à sa place… Quelle histoire épouvantable.&lt;br /&gt;Raphaël va passer aux toilettes ; avec un peu de chance il sifflotera un air, comme il fait des fois ; c’est la meilleure issue, c’est la seule issue.&lt;br /&gt;Une, deux, trois, quatre personnes passent par les toilettes. Frank écoute avec attention : sur un sifflotement, une petite toux, un échange de voix, il pourra le reconnaître…&lt;br /&gt;Qu’est-ce qu’il lui dira ? Rien ne lui vient pour le moment.&lt;br /&gt;La porte s’ouvre ; des semelles souples de chaussures de sport qui chuintent sur le sol très légèrement collant de produit de nettoyage, un petit sifflotement : ce doit être lui.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-3703262461159956321?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/3703262461159956321/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=3703262461159956321&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/3703262461159956321'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/3703262461159956321'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2009/05/le-corps-qui-voyage-partie-2.html' title='Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 2'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-5712574306669092671</id><published>2009-05-27T13:58:00.007+02:00</published><updated>2009-06-18T18:13:28.633+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='corps transporté'/><title type='text'>Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 1</title><content type='html'>-1-&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand vient le début de l’été, qu’une vague de chaleur double les draps d’un poids supplémentaire, Frank dort nu.&lt;br /&gt;Le matin, alors, il s’éveille, repousse un bout de drap qui recouvre l’un de ses genoux et, hébété, allume sa lampe de chevet munie d’une ampoule à économie d’énergie et surtout sans émission de chaleur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce matin, sous son dos, c’est un matelas bien dur et qui frotte désagréablement : Frank se réveille nu, dans l’open space, près de son bureau.&lt;br /&gt;Frank se redresse, soudain anxieux, sur son coude ; sa peau fine de blondinet imberbe se brûle à la méchante moquette anthracite. Une lueur inquiète s’étend dans ses yeux et déchire brutalement ses paupières cousues de fatigue ; son cœur bat la chamade. Instinctivement, une de ses mains vient couvrir son appendice viril. La lumière du jour, étouffante, l’étreint de son feu ; son image vulnérable se reflète dans une vitre de l’open space.&lt;br /&gt;Personne dans les bureaux. Quelle heure est-il ?&lt;br /&gt;Frank se précipite sur un téléphone : sept heures quatorze. En ce moment, les agents d’entretien doivent parcourir les couloirs de la boîte. Dans une heure et demie, les premiers employés commenceront à arriver.&lt;br /&gt;Il faut vite trouver de quoi s’habiller, ha ! mais quoi ? Par chance, il a laissé dans un pochon des chaussures de sport. C’est qu’il fait attention à son corps : pas question de se laisser aller... Sur l’un des porte-manteaux, en inox et bois, une veste oubliée lui donne un instant l’illusion qu’il y a ici, peut-être, de quoi être sauvé. Mais non : personne ne laisse un pantalon au bureau. Il vient juste de se chausser quand le bruit produit par des roulettes de chariot le fait bondir : pas loin, quelqu’un arrive ! Presque à quatre pattes, lui si habituellement droit et digne tel un ministre, il risque un œil par delà les cloisons de verre et d’acier qui séparent les six aquariums à collègues, vers le fond du couloir… rien encore. Pas vraiment le temps de traverser l’autre bureau pour se saisir de la veste… et puis à quoi ça l’avancerait ? Un instant qu’il faut saisir : Frank se redresse et file tel un chat (sans pelage) en direction de la réserve. En quelques foulées colorées comme des oiseaux du paradis, il s’est mis provisoirement à l’abri. Il a promptement fermé la porte et son souffle est coupé. Il sue, il ruisselle, ses yeux brûlent dans le noir de la réserve. La main sur la poignée, il entend le léger grondement du chariot qui s’approche : et si ce n’était pas le chariot d’entretien ? Si c’était un diable sur lequel on aurait chargé les consumables pour les imprimantes ?&lt;br /&gt;La poigne de sa main se durcit sur la poignée.&lt;br /&gt;Le bruit est venu jusqu’auprès de sa cachette : une ombre passe dans l’interstice, au pied de la porte.&lt;br /&gt;La main de Frank s’est faite acier ; la sueur s’exprime de son corps comme d’une serpillère.&lt;br /&gt;Un coup dans la poignée, son poing n’a pratiquement pas bronché ; — qu’est-ce qu’il s’passe ?, entend-il, proféré par la voix geignarde de Soraya, une agent d’entretien dont l’image (visage bouffi encadré par un voile sans la moindre coquetterie) le frappe à la poitrine, alors que tressaille de nouveau la poignée entre les deux serres statufiées et moites de ses mains. — Ah làlà, c’est qu’est-ce qu’il se passe alors ?, fait la triste voix de Soraya.&lt;br /&gt;— Qu’est-ce qu’il y a ?, clame une autre voix de femme.&lt;br /&gt;— Bonjour Sidonie. C’est la porte, elle est coincée… , geint Soraya.&lt;br /&gt;— Laisse ton truc là, on n’a pas le temps de s’en occuper : j’ai besoin de ton aide, il faut vite nettoyer la salle de réunion.&lt;br /&gt;— Oui, mais il faut décoincer cette porte, là. C’est im-por-tant !, s’exclame Soraya.&lt;br /&gt;— Eh là, Soraya ! Chaque chose en son temps : on demandera à Wilfried, là ; il va nous aider.&lt;br /&gt;Les pas lourds de Soraya se font de plus en plus ténus à mesure qu’elle s’éloigne.&lt;br /&gt;Il faudra trouver le bon timing, s’échapper d’ici. Quelle heure est-il ? Frank tâte son poignet dans le noir. Il n’a pas de montre, il ne dort pas avec. Combien de temps s’est écoulé ? Peut-être deux minutes ? Peut-être bien plus ? Le temps passe-t-il vite ou lentement, dans les situations de stress ? Il ne sait plus.&lt;br /&gt;Il ne peut pas s’échapper du bâtiment. On le verra forcément. Les magasins de vêtements sont loin, et ils seront fermés, à cette heure. Mais il vaut mieux être vu nu dans la rue plutôt qu’au travail ! Frank, dans l’obscurité de son réduit est pris de vertiges.&lt;br /&gt;Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas possible. On ne se réveille pas à son bureau quand on s’est couché, sobre, dans son lit.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-5712574306669092671?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/5712574306669092671/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=5712574306669092671&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/5712574306669092671'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/5712574306669092671'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2009/05/le-corps-qui-voyage-partie-1.html' title='Le Corps transporté - chapitre 1 - partie 1'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-2203083474119975554</id><published>2009-05-12T19:22:00.001+02:00</published><updated>2009-05-12T19:29:50.523+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='critique picturale'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Augustin Roussette'/><title type='text'>Portrait d’Augustin Roussette aux calanques, par Evariste Guidoni</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt; &lt;p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt;"&gt;&lt;span style="font-family:Arial;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;C’est en passant, début mai, devant une fameuse galerie d'art de la rue de Seine que mon regard a croisé un tableau remarquable.  Toutes mes facultés furent saisies dans l’instant ; et je me trouvai tel un  chien d’arrêt le nez collé à la devanture de la galerie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt;"&gt;&lt;span style="font-family:Arial;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Derrière la vitrine, enserré dans un  cadre de bois travaillé et doré, mon ami Augustin Roussette regardait, par delà  les falaises de Cadix, un horizon assombri par la tombée du jour ; le feu du  soleil couchant jouait dans ses longs cheveux et ses bacchantes fauves, son  visage mat et sombre se découpait de profil sur un ciel indigo, son œil gauche,  clair, étincelait dans l’obscurité. Une impression de surgissement tellurique  émanait de l’homme de gouache, de pastel et de fusain. Les longs filaments d’or  qui couraient sur ses cheveux et sur le dos de son paletot de marin faisaient  l’effet de projections de lave sur une statue immobile, attentive au monde.  Depuis ma bande de trottoir, de l’autre côté des nombreuses épaisseurs de verre  de sécurité, j’entendais les cigales et le bruissement d’une brise du soir  dévalant les garrigues et apportant à la mer et au poète les senteurs suaves et  piquantes de thym et de lavande. Toujours Augustin Roussette se tenait dans  l’immobile concentration du compositeur ; tout autour de lui bourdonnait et se  développait le chant de la nature si bien suggéré par le peintre. Il me sembla  un instant qu’un sourire s’attardait à sa bouche, mais l’on distinguait mal le  trait dans l’ombre du visage.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt;"&gt;&lt;span style="font-family:Arial;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Mes mains laissèrent sur la vitrine,  dans un reflet soudain de soleil, des traces détaillées de ma  stupéfaction.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-2203083474119975554?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/2203083474119975554/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=2203083474119975554&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/2203083474119975554'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/2203083474119975554'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2009/05/portrait-daugustin-roussette-aux.html' title='Portrait d’Augustin Roussette aux calanques, par Evariste Guidoni'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-8029059580982257436</id><published>2009-02-04T10:10:00.004+01:00</published><updated>2009-02-04T10:24:38.903+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Derim ; 1001 bandits'/><title type='text'>Calopré, l'Ange d'amour</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;NOTE : Extrait des 1001 Bandits, récits illustrés de l'île de Dérim. Cette histoire est particulièrement salée ; âmes sensibles, s'abstenir... (Je vais encore rameuter tous les détraqués du net, avec ça, héhé...)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dans la Jarre pleine, Cromar est derrière son comptoir, devant lui un homme est ramolli contre le bar.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A une table, un homme seul, soûl, délire :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;(Je les ai bien vus tous les pédés qui s’enfilent des trucs pas nets. Je les vois, j’en vois tous les jours des gens comme ça, putain !&lt;br /&gt;Non mais faudrait voir à me respecter… Ils te regardent de travers... Jamais un sourire, hein ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toujours, ça a été comme ça ! Les types qui venaient voir maman… Ils entraient, leur grand manteau tâchait l’ombre. A peine un regard pour l’enfant qui traînait dans leurs pattes. Ils voulaient la femme. Ils voulaient leur part de joie ! Mais ma mère, c’était pas une pute. Elle prenait pas d’argent. Elle aimait les hommes, oui. Les salauds, surtout. Eux, ils rechignaient pas à se servir. La porte, elle était ouverte. Ils rentraient comme ça ! Parfois, ils baissaient les yeux vers moi. « Ta mère est là ? », ils demandaient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On habitait à Nojo... Nojo, j’aime bien cette ville. Mais une ville de bourgeois, alors pardon ! Que des gens bien culottés et proprets, mais pour dire un mot, pour être aimable, personne !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des copains, jamais j’en ai eu ! Ça, ils se foutaient bien de la gueule des autres, tous. Moi, j’avais pas de père, pas de famille ; que ma mère. Elle me donnait des sous… Elle m’envoyait faire les courses pour elle dès que j’ai su marcher et porter des choses. Plusieurs fois j’me suis fait casser la gueule ; mais c’était des pédés, ils me frappaient parce qu’ils osaient pas dire qu’ils étaient amoureux, ouais. Ils voulaient mon cul, mais me frapper, c’était plus simple pour pas passer pour des pédés… Je rentrais bigné, les vêtements déchirés, mais c’était bien : ma mère me préparait un bain et elle me savonnait. Et le chouloulou, ouais, elle me le touchait bien. J’aimais bien ça ; j’étais pas un pédé, ouais !&lt;br /&gt;Tu penses si je sais c’que c’est un sexe de femme, mais les gens savent pas… L’amour, ils connaissent pas ça !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma mère, un jour, elle m’a donné un bâton avec des clous plantés dedans. Elle m’a dit si les gens y voulaient m’embêter, me prendre des sous, je pouvais les taper avec. Et sur le chemin du pâtissier, je vois une bande de gamins. Ils étaient habillés tout en blanc, c’étaient des p’tits talaves, des mécréants. Ils se moquent de moi, parce que j’suis tout seul, ils disent. J’ai pas d’amis, ils disent ! On peut t’prendre ton argent, ils disent ! J’ai serré les dents et j’suis rentré dans l’tas ! Je te leur ai fait sauter la peau des visages avec les clous retournés de mon bâton. Du sang partout ! Ils ont fini par me le prendre, mon bâton, et ils ont essayé de me faire la même chose. J’étais en boule. Les passants se sont mis à crier. Ils nous ont séparés. Les mères talaves ont accouru, elles disaient des malédictions, ah ouais, fallait pas toucher à leurs petits, putain !&lt;br /&gt;Un beau scandale ! Tout le monde a dit que c’était de ma faute... Ils me montraient du doigt, fallait pas que je repasse ici, c’était pas un quartier pour moi ! Furieux, j’étais ! Contre le quartier, contre les enfants pédés, contre leurs mères et aussi contre ma mère qui n’était pas là pour me défendre. Fâché tout rouge. J’ai giflé ma mère. Elle a pleuré. Mais elle avait qu’à pas me laisser seul ! Merde, à onze ans, c’est trop… compliqué ! J’lai frappée, ma mère… Mais attention, hein, quand j’ai vu qu’elle pleurait, je lui ai fait plein de baisers. Elle m’a donné ses seins pour que je me calme. Ils sont bons les seins de maman. Ça me calme toujours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Merde, maman… Pourquoi t’as fait ça, hein ?&lt;br /&gt;Tu m’as forcé à voler ? Je me souviens plus… C’est venu tout seul. J’aimais ça, la peur. Pas au début, la peur.&lt;br /&gt;Mais après tant de vols, un jour, je me suis fait voir par le droguiste. Ah, on croit que les yeux sont nulle part, mais ils sont partout ! Il m’a vu et il m’a pas raté. Par les cheveux, et calotte sur calotte ! Et la table ! Ah bin oui ! Les enfants, ça encaisse bien ! La raclée bien giclée.&lt;br /&gt;Après ça, la peur, ouais. La frousse tremblante. Ah, on tremble quand on vole en cachette. Tout seul, j’étais, avec ma peur. Il fallait que je tienne jusqu’à la maison, pour les baisers de maman, et sa chaleur. Jusque là, les regards, le grand filet des regards, passer entre les mailles. Et mes jambes tremblaient, mes bras, parfois je pouvais plus marcher tellement j’avais peur, mes jambes deux tonnes… Et quand on bouge pas dans la rue, les gens vous regardent ? Les yeux baissés, je savais pas. Et ça me retenait là, au milieu des ennemis.&lt;br /&gt;Ma mère m’attendait et pt’êt’ qu’elle passerait sa langue sur mes paupières ou sur mes lèvres, en cadeau. Pt’êt’ un bain avec elle, et ses bras gentils.&lt;br /&gt;Toujours comme ça les vols. La peur. Mais c’est bon la peur, les gens se plaignent, moi j’me plains pas ! Mais voilà, les gens, c’est des pédérastes ! Heureusement que maman m’aimait !&lt;br /&gt;Ouais elle m’aimait, même qu’on faisait l’amour ! Avec les autres c’était du jeu, avec moi c’était l’amour. Elle me le disait tout le temps ! Merde, c’est simple ! Y en a qu’ça gêne, bin j’vois pas ! C’est bon, puis c’est de l’amour ! C’est quand même pas comme si c’était mon père ! D’ailleurs, j’m’en fous ! J’ai pas d’père ! Même qu’on faisait l’amour tous les soirs ! Ouais, bin les pédés, y peuvent pas en dire autant ! C’est la seule que j’ai aimée.&lt;br /&gt;Quand je rentrais de mes vols ; je lui racontais mes exploits et j’avais ma gamahuche au chouloulou, ouais, et puis un bon goûter avec ça : de la confiture, de la brioche, un verre de lait. Tu aimais bien ça, maman, que je te raconte ma journée. Tu me faisais des compliments. Oui, c’est vrai que je suis doué. Personne ne me remarque. De toute façon, tu le sais : je suis invisible !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si j’en ai tué des gens ? A la pelle, au couteau, au poinçon, au sécateur, au fusil, avec les mains aussi ! De toute façon, c’était pas des gens suffisamment bons, ils n’avaient pas d’amour à donner.&lt;br /&gt;En dehors de la ville, après les lavoirs, il y avait un sentier au bord de la rivière, et plein de buissons. Passée une certaine heure, les baiseurs le prenaient pour se cacher, faire des choses. Moi, je les attendais ! J’essayais d’apporter des armes différentes, pour m’entraîner. Bin maman, on en a retrouvé des gens au bord de la rivière ! Le choulou coupé, les cous tranchés, les seins déchiquetés ! J’ai tranché tout ça ! Parce que les gens, ils croient pas à l’amour ! Ils font ça n’importe comment, et ils disent des gros mots ! Quand ils se sautent dessus et qu’ils font des ruades en grognant, non mais regarde ça maman ! On n’est pas des animaux ! Tout ça manque de tendresse, d’amour ! Les femmes crient. Les pédés baisent comme des violeurs, c’est des pédés : ils les aiment pas les femmes, ils veulent juste les faire crier ! Moi je sais que c’est pas ça l’amour !&lt;br /&gt;Maman elle m’a dit le sperme c’est sur le ventre pour montrer la gentillesse, sur le ventre et on caresse.&lt;br /&gt;L’amour, moi je sais… C’est les larmes, c’est le sperme, c’est le sang qui coule en silence sur les jambes, sur le ventre. Je dois leur montrer ce que c’est l’amour, à tous ces pédés dénaturés… Je dois toujours tout leur montrer. Quand ils pleurent, je sais qu’ils ont compris. Mais je peux pas les sauver, même s’ils ont compris. Sinon, c’est moi qu’on attrapera. Allons, maintenant, il faut mourir… Tu as une mère qui t’aime ? Est-elle au Royaume Mangé ? Tu vas la retrouver, allons, du courage. Un verre de lait !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maman, je suis rentré. Embrasse-moi. Je t’ai apporté la tête d’un homme qui t’a fait mal… Donne-moi un verre de lait.&lt;br /&gt;Non ! C’est faux ! Tu ne l’aimais pas ! Il t’a fait crier. Tu ne l’aimais pas, maman… Je t’ai amené sa tête pour que tu lui dises adieu. Et puis, il en baisait une autre, maman. Celle-là, je l’ai jetée à la rivière. Oui, c’était facile.&lt;br /&gt;Je fais ce que je veux.&lt;br /&gt;Toi, tu restes à la maison. Je vais nous chercher des plats à l’auberge. Tu veux quoi ? Je préfère les joues au vinaigre… Des pommes de terre, oui. Des échalotes ! Je reviens tout de suite…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi tu as fait ça maman ? Les gendarmes… Hein, pourquoi ? Je ne les baise pas, les hommes, moi. Je te protège, maman. Ils t’ont convaincue de me dénoncer ! Je le sais. Ils t’ont torturée. Ils t’ont souillée. Les gendarmes, ils l’ont abîmée à jamais ! Maman. Je voulais la sauver. Si j’ai blessé des gens, toujours pour aider. Je suis un gentil garçon, c’est vrai, tu me l’as toujours dit. Un verre de lait !&lt;br /&gt;Maman ! Tu es morte, c’est normal ! Il faut bien. C’est toujours comme ça. Je l’ai juré sur tes seins, maman. Tout le temps, à l’Heure des Mangés, je te retrouve. Tu me combles d’amour, maman. Un jour, je te rejoindrai pour de bon. Mais d’abord, je dois montrer aux gens l’amour !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je leur expliquerai, maman. Ils comprendront que sans l’amour, l’homme est un animal ou un pédé, et l’homme c’est pas ça ! Je leur expliquerai et s’ils comprennent pas, je les tue ! Je ne t’ai pas tuée, maman, c’est pas vrai ! J’étais pas jaloux… Je voulais juste te prouver que je t’aime. Un verre de lait !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dans la Jarre Pleine, le client au comptoir suffoque, il murmure à Cromar&lt;/span&gt; : (Merde, t’as entendu ça ? Il est complètement secoué, ce jeune. Il me fout la trouille…)&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cromar &lt;/span&gt;: (Hein ? Que… Non, je n’écoutais pas… Je pensais à cette jolie chanson, tu sais :  &lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bouge, ma douce,&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     Tes reins qui roulent&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;      Dans le soir&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;      Boivent mon regard&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;      A jamais…&lt;/span&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hors champ&lt;/span&gt; : (Un verre de lait !)&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-8029059580982257436?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='related' href='http://1001bandits.free.fr/' title='Calopré, l&apos;Ange d&apos;amour'/><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/8029059580982257436/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=8029059580982257436&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8029059580982257436'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8029059580982257436'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2009/02/calopre-lange-damour.html' title='Calopré, l&apos;Ange d&apos;amour'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-1527946349171517929</id><published>2008-09-29T16:11:00.002+02:00</published><updated>2008-09-29T16:18:12.763+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='mythologie talave'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Derim'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit de voyage'/><title type='text'>Derim 4 - un soir en bateau - mythologie talave</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_E6Tdo1ArMYE/SODi8bCJNAI/AAAAAAAAABk/5UEVVlBSWYQ/s1600-h/File0002.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer;" src="http://1.bp.blogspot.com/_E6Tdo1ArMYE/SODi8bCJNAI/AAAAAAAAABk/5UEVVlBSWYQ/s320/File0002.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5251446693190775810" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Milo, Kouhoun et Kaadji sur le touk, illustration d'Oscar Braque&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce furent eux, dans un premier temps, qui nous posèrent le plus de questions. Nous évitâmes de leur parler de nos technologies, qui pouvaient heurter un certain nombre de leurs idées. Ils ne semblaient pas savoir ce qu’était un moteur. C’était déjà un indice suffisant pour nous. Il s’agissait de ne pas contaminer ce monde, tout imaginaire et tout réel qu’il puisse être, avec nos anachronismes (ou plutôt, puisqu’il s’agissait d’un autre lieu, anatopismes). Nous nous en tînmes à de vagues dissertations sur nos mœurs. Ils étaient très intéressés par ce qu’on pouvait leur apprendre des femmes de notre pays. À la vérité, nous ne savions que dire des femmes, de la séduction. Quand ils nous demandaient si elles étaient jolies (ce qu’ils firent à plusieurs reprises), les réponses nous venaient spontanément : nous parlions de diversité des visages, des modes vestimentaires, des caractères... Nos réponses les satisfaisaient tellement qu’ils nous relancèrent souvent sur le sujet. Il nous semblât qu’ils faisaient bel et bien deux célibataires intéressés. De son côté, le jeune Kouhoun prêtait une égale attention à nos descriptions.&lt;br /&gt;Puis ils nous demandèrent si les françaises étaient faciles à séduire ; ils furent quelque peu désappointés de notre impuissance à répondre à cette délicate question. Alors qu’Oscar et moi livrions maladroitement un peu de nos histoires amoureuses, ils s’enhardirent et daignèrent nous raconter à deux voix ce qui formait l’essentiel de leur vie sentimentale : leur amour pour Onja.&lt;br /&gt;Nous découvrîmes que l’art du récit est très approfondi chez les Talaves. Quand un personnage féminin est présenté, il est décrit avec une application toute particulière. Nous sûmes tout de l’apparence d’Onja et de son caractère. Nous sûmes toutes les nuances de sa peau, la forme précise de son visage, de son nez et de ses pommettes ; sa bouche eut droit à un chapitre et des exclamations des deux messieurs ; ses cheveux reçurent aussi une fine apologie, très circonstanciée selon qu’il se fît plein jour ou qu’une lumière plus colorée vînt jouer dans ses boucles. Ils firent revivre cette jeune femme deux heures durant. Nous apprîmes aussi sa mort, très brièvement. Leur récit nous toucha comme rarement Oscar et moi avions été touchés. C’était une histoire de triangle amoureux. Une rivalité presque meurtrière entre les deux hommes, amis d’enfance ; Onja avait tout fait pour les réconcilier, mais leur jeunesse brutale avait eu raison de ses douces tentatives. Fatalement, la rivalité avait résulté en un combat qui était la cause de la cécité de Milo. Et puis, c’est Kaadji qui avait obtenu la longue promesse d’Onja et qui avait eu d’elle un fils : Kouhoun.&lt;br /&gt;Kaadji avait pris soin de Milo, devenu aveugle, lui demandant même de s’installer dans la maison conjugale, partageant tout, à l’exception d’Onja.&lt;br /&gt;Quelques années plus tard, Onja était tombée malade et la fièvre l’avait emportée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ce récit émouvant, je parvins à amener la conversation sur le sujet de la religion.&lt;br /&gt;Le soir et le vent étaient tombés. Les lanternes de la ville clignotaient, faibles lucioles au fond de la baie. On alluma un fanal sur le touk et l’on fit griller quelques poissons sur la chair desquels on saupoudrait une fine épice avec un peu de sel. Pour dire la religion, eux disaient « les légendes ». Il y avait un réseau de croyances, un mélange de superstitions et de mythologie. C’était un ensemble d’histoires faciles à saisir et qui forçaient l’imagination par des images très fortes !&lt;br /&gt;Pour les Talaves, le séjour des morts est ainsi le vagin d’une déesse : la déesse Lyvath. C’est une femme-enfant aux mèches noires. Sa peau est froide, son étreinte est glaciale et son vagin est le dernier refuge où trouver enfin de la chaleur. Une chaleur sombre qui soustrait ses amants et ses maîtresses au monde. Un lieu petit et immense, où le trépassé peine à retrouver ceux qu’il aimait, car la volonté lui est enlevée, tout ainsi que dans le labyrinthe des rêves.&lt;br /&gt;Kaadji nous expliqua que les légendes se racontaient lors des chudamilihi, les veillées magiques, à la lueur des lanternes. Et c’est une de ces nuits de veillée que nous vivions, en mer, pour notre premier soir en terre étrangère, Oscar et moi. Quelle chance nous avions ! La fraîcheur maritime dissipait l’extraordinaire chaleur de la journée. J’écoutais Kaadji et Milo et aussi Kouhoun qui m’apportaient des récits qu’aucun terrien avant nous n’avait entendus !&lt;br /&gt;Ce fut Kouhoun qui vint interrompre nos palabres sur le vagin de Lyvath ; ce n’était manifestement pas son mythe préféré. Il dit que le plus intelligent de tous les dieux était Milik le taquin. Jeune garçon adroit, fin pêcheur et amateur de farces parfois violentes, ce Milik représentait l’immense pouvoir de la jeunesse dans l’ancienne civilisation talave. Milo s’employa à réduire l’importance de ce dieu qui n’était plus qu’un fétiche qu’on priait avant une bonne pêche. De la conversation dans son ensemble, il transparaissait un affaiblissement de l’autorité de ces dieux, du moins sur nos deux lascars qui y faisaient souvent référence comme à des superstitions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais continuons l’inventaire des dieux talaves. Ces dieux font comme les personnages d’un petit village, ou d’une famille, c’est un genre d’allégorie.&lt;br /&gt;Il y a les chefs Talareh-soun (le père Talareh) et sa compagne Tamahé (mahé signifiant « mère »), ils forment un couple condensant de nombreux pouvoirs ; ils représentent aussi l’alliance des contraires : le père feu et la mère eau. Ils sont souvent dessinés comme une seule entité soudée par le milieu du corps, et les quelques légendes relatant une séparation de ce couple puissant sont toutes des histoires de catastrophes : incendie, massacre, ouragan…&lt;br /&gt;Il y a, nous les avons précédemment évoqués, leurs enfants Milik et Lyvath. Milik concentre l’astuce, la chance et la joie : trois valeurs transmises à trois des quatre grandes familles talaves. Lyvath est effrayante, mais elle n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus effrayant dans la mythologie talave…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avions déjà souligné l’attention portée par nos hôtes à leur récit ; eh bien, pas moins de quatre dieux portent la marque du souci permanent de la continuité du récit individuel et collectif.&lt;br /&gt;Il y a Paltag : l’oiseau, la plume ou la main du destin.&lt;br /&gt;Il y a Firkareh, qui a la forme d’un pied avec des dents ! Mais qui est aussi parfois représenté comme un homme qui tombe le nez par terre. Ce dieu terrible est la cause de ce qui advient par accident.&lt;br /&gt;Il y a Shouwoureh, le dieu des conteurs, à la bouche en immense cul de poule, dont le souffle porte au sein des humains les légendes anciennes et récentes&lt;br /&gt;Il y a, enfin, Lomandé, déesse dont l’oreille profonde capte et entraîne dans l’oubli.&lt;br /&gt;Ces dieux sont des cousins ou peut-être des oncles, solitaires et presque toujours fâchés les uns avec les autres. Ils fonctionnent un peu par paire : Paltag et Firkareh se livrent une bataille au-dessus de la tête des vivants ; Shouwoureh et Lomandé se disputent le souvenir des morts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Shouwoureh est le dépositaire de l’essentiel des valeurs positives liées au récit. Paltag est un dieu ni positif ni négatif, mais il est si vieux qu’il n’a plus beaucoup de pouvoir, laissant les hommes livrer un combat cruel contre le plus terrible dieu : Firkareh. Très nombreuses sont les histoires visant à ridiculiser ce dieu : qu’il tombe d’une marche, en glissant sur un poisson, ou qu’un autre dieu se moque de son apparence ou de son odeur pestilentielle chaque fois qu’il a commis un méfait. Mais hélas, son pouvoir ne s’est jamais épuisé, toujours plus imprévu, plus sournois : sur chaque malheur, il laisse son empreinte dentée. Quant à Lomandé, elle est bien celle qui, en définitive, survivra à tous. Son oreille, simplifiée selon un dessin d’escargot, est tout simplement ce qu’il restera de l’univers quand le monde aura disparu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-1527946349171517929?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/1527946349171517929/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=1527946349171517929&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/1527946349171517929'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/1527946349171517929'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/09/derim-4-un-soir-en-bateau-mythologie.html' title='Derim 4 - un soir en bateau - mythologie talave'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_E6Tdo1ArMYE/SODi8bCJNAI/AAAAAAAAABk/5UEVVlBSWYQ/s72-c/File0002.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-6260577626125204498</id><published>2008-09-03T17:39:00.004+02:00</published><updated>2008-09-03T17:52:00.148+02:00</updated><title type='text'>Le Dictionnaire pittoresque et mythologique du collège s'offre, ému, à votre attention</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_E6Tdo1ArMYE/SL6x8qR2zAI/AAAAAAAAABM/5TrM9FJ2Su0/s1600-h/college.gif"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://1.bp.blogspot.com/_E6Tdo1ArMYE/SL6x8qR2zAI/AAAAAAAAABM/5TrM9FJ2Su0/s320/college.gif" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5241822672005286914" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;p class="style6" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="style6" align="justify"&gt;Et voici que l'auteur de ces colonnes propose aux lecteurs assidus et à tous ceux que l'Éducation intéresse, le &lt;em&gt;Dictionnaire pittoresque et mythologique du collège !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="style6" align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Je recopie ci-dessous la présentation que j'en ai fait pour le site :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="style6" align="justify"&gt;Le &lt;em&gt;Dictionnaire pittoresque et mythologique du collège&lt;/em&gt; est un projet initié par Louis Butin, créateur des 1001 bandits.&lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;&lt;a href="http://1001bandits.free.fr/" target="_blank"&gt;&lt;span class="style9"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href="http://1001bandits.free.fr/"&gt;Les 1001 bandits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;Les principaux contributeurs sont :&lt;/p&gt;     &lt;ul&gt;&lt;li class="style6"&gt;Rédacteurs : Louis Butin, Augustin Roussette, Paul Moreau&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;     &lt;p&gt; &lt;/p&gt;     &lt;ul&gt;&lt;li class="style6"&gt;Illustrateur : Freddy Nadolny Poustochkine&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;     &lt;p&gt; &lt;/p&gt;     &lt;h2 class="style6" align="left"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Quelques mots en guise de remède à l'apoplexie&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;Le&lt;em&gt; Dictionnaire pittoresque et mythologique du collège&lt;/em&gt; est un ouvrage conçu et exécuté sur un plan neuf, qui le place plutôt parmi les livres de littérature que parmi les ouvrages de commentaire pédagogique ou de témoignage. Portrait plaisamment cruel, évocation poétique et truculente de l’institution scolaire, notre &lt;em&gt;Dictionnaire pittoresque et mythologique du Collège&lt;/em&gt; se veut ludique, amusant et peut-être éclairant. Peu nous importent le vrai ou le faux, il est ici question d’enrichir l’imagination, de proposer une esthétique singulière, d’où une variété de gloses extravagantes sur tel ou tel sujet. C’est avant tout, je tiens à le rappeler, une entreprise humoristique.&lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt; Nous donnons dans ce que les journalistes du début du XIXème siècle appelaient « variété littéraire » et qui s’apparente à un exercice de style, à des pastiches. Un bref tableau, expressif et vivant aura plus de succès qu’un long traité fastidieux, qu’une description ennuyeuse. Nous avons recherché dans nos descriptions parfois sarcastiques à amuser le lecteur et à mettre le sérieux à distance grâce à une amplification bouffonne. Il n’est pas question de plonger le lecteur dans une quelconque horreur ou une contemplation nostalgique de piètre composition.&lt;br /&gt;Nous représentons le collège comme un phénomène bouillonnant : il s’y déroule une foule de petits drames et de petites comédies. Nous déformons le réel et le chargeons à outrance de symboles. Nous présentons chaque acteur sous son angle le plus grotesque ou le plus noble, selon un arbitraire purement poétique. De même, nous n’hésitons pas, quand cela nous chante, à recourir à tout un arsenal mythologique qui s’étend des débuts de l’humanité jusqu’au-delà de Roland Barthes.&lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;La mauvaise foi est si universelle qu’il nous semble sain de pointer la nôtre en premier lieu. Il y a peut-être un constat, un état des lieux. Une anecdote peut en cacher une autre, des généralités peuvent receler des anecdotes, des anecdotes peuvent procéder de généralités. Mais le constat est amplifié ou camouflé par les artifices du style. Il nous semblerait incongru d’utiliser ce dictionnaire à d’autres fins que la seule pantalonnade. La logique du pire ou du meilleur prévaut. C’est l’enfer ou le paradis, c’est Eros et Thanatos, c’est un tableau à la manière de Goya, de Jérôme Bosch ou parfois une image d'Épinal que nous proposons : caricatures, idéaux et contrastes. Au milieu de cela, quelques bribes d’intelligence et quelques fantaisies langagières des élèves brillent comme autant de pépites d’or au milieu d’un tourbillon de pigments.&lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;Plus qu’un complément,  les illustrations de Freddy Nadolny Poustochkine – auteur de &lt;em&gt;La Chair des  pommes&lt;/em&gt;, chez Ego comme X – soutiennent l'esprit de l’ouvrage. Son dessin participe de l’esthétique que nous mettons en place. Le regard de Freddy, sensible, narquois et empathique, saura faire sourire mais aussi émouvoir.&lt;br /&gt;Sous chaque mot, sous chaque dessin, nous couvons une empathie sincère pour un âge de l’existence particulièrement violent, où tout est systématiquement remis en question ; nous exprimons ici, à notre manière, notre immense sympathie pour tous les acteurs de l’éducation. &lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;Alchimistes débutants, nous avons commis ce dictionnaire. Il est pour tous. C’est une pierre philosophale mal dégrossie, pleine de tromperies et de séduction, qui tente en vain de capturer l’âme du collège.&lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;Bonne lecture, ici :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="style6" align="justify"&gt;&lt;a href="http://dicollegepittoresque.free.fr/"&gt;http://dicollegepittoresque.free.fr/&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;     &lt;p class="style6" align="justify"&gt;Louis Butin&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-6260577626125204498?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='related' href='http://dicollegepittoresque.free.fr/' title='Le Dictionnaire pittoresque et mythologique du collège s&apos;offre, ému, à votre attention'/><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/6260577626125204498/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=6260577626125204498&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6260577626125204498'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6260577626125204498'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/09/le-dictionnaire-pittoresque-et.html' title='Le Dictionnaire pittoresque et mythologique du collège s&apos;offre, ému, à votre attention'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_E6Tdo1ArMYE/SL6x8qR2zAI/AAAAAAAAABM/5TrM9FJ2Su0/s72-c/college.gif' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-2955404451984182410</id><published>2008-08-28T11:50:00.014+02:00</published><updated>2008-09-09T06:45:23.192+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='zoophilie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit initiatique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='mythologie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Ovide'/><title type='text'>Ce qu'il m'arriva en bord de mer avec des animaux</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette série de récits de désagréments, entamée avec l'épisode de la baignoire sabot, n'aura, je l'espère, pas trop de développements ultérieurs. Avec ce second épisode, le lecteur est néanmoins assuré d'une unité de propos : ce sont des récits d'événements réels à caractère picaresque survenus à ma personne, souvent mortifiants mais bénins, douloureux et à caractère sexuel périphérique ou direct. Pas de menteries : des faits avérés, même s'ils sont parfois difficiles à croire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or voilà que j'étais parti un été, en compagnie d'amis, en Vendée. J'étais jeune et nouvellement indépendant, preste et encore un peu ignorant.&lt;br /&gt;Aux Sables d'Olonne, il y a cette jolie plage de sable et de récifs, bordée de dunes, nommée la Paracou. L'océan y est à son aise, vif, souvent tumultueux. Son nom Paracou évoque presque explicitement le caractère changeant de ses eaux. C'est aussi une invite au voyage. C'est un nom qui convoque à l'esprit l'Amérique latine par ses sonorités andines. On se rend à cette plage à partir de La Chaume, un village de pêcheurs transformé par le tourisme balnéaire. Cette plage du Paracou, par cercles successifs de l'imagination, peut vous transporter en tous lieux. Il suffit de s'étendre sur le ventre, sur le sable chaud et écouter les vagues, écouter le flux et le reflux de l'eau, le frottement du sable, le mouvement terrestre, la vie sans la vie, la seule vie physique, qui existait avant même la vie.&lt;br /&gt;Peu avant d'être ainsi étendu sur le sable dans une contemplation cosmique, j'étais avec mes amis à jouer dans les vagues. C'étaient d'énormes vagues ! De celles qui vous font douter de vos forces, de celles qui vous font goûter l'émotion fabuleuse : joie, inquiétude, sensations de propulsion, situations comiques, tout cela ! Vos amis répondent à vos cris, puissants instants de bonheur. Vous tombez dans les bras de votre aimée ; vous vous pincez le nez d'une main, tenant la main de votre compagne de l'autre, et vous plongez pour éviter une terrible déferlante. Cela dure des heures et puis vous commencez à grelotter. Il est temps de quitter l'eau et de s'étendre sous le soleil de juillet.&lt;br /&gt;Allongé sur le ventre, je suis tiré de mes pensées alternativement cosmiques et nostalgiques par une sensation brève, dans mon bermuda de bain, très exactement dans le haut de la raie de mes fesses, comme un coup de langue, ou peut-être comme un cordon du bermuda, encore humide, qui aurait glissé par là et aurait bougé par l'effet d'un mouvement connexe : une impression plutôt agréable mais trop rapide, presque frustrante.&lt;br /&gt;Comme une impression rêvée... Parfaitement éveillé maintenant, je tire de mon sac de plage un livre, peut-être &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Gitan&lt;/span&gt;, d'Eugène Sue, en tout cas très certainement un roman maritime pittoresque, et entreprends sa lecture.&lt;br /&gt;Mais une surprise me tire de ma lecture : dans la raie de mes fesses, je sens de nouveau le petit coup de langue, qui me fait sursauter cette fois : je n'ai pas le souvenir d'avoir bougé, ce qui eût pu entraîner un mouvement de cordon. Pudique, je n'ose plonger ma main dans mon bermuda devant la foule de plagistes, ce serait du dernier vulgaire ! Mais voilà qu'à la manifestation brève et délicieuse survenue dans cette zone intime, succèdent des palpitations inquiétantes et voluptueuses à la fois. Mon imagination s'emballe, cherchant à subsumer (1) à ces manifestations une explication rassurante !&lt;br /&gt;Il me faut mettre un terme à cet emballement de l'inquiétude ! Las, il va falloir me résigner à plonger disgracieusement ma main dans mon bermuda... Profitant d'un non événement typique de l'animation des plages, un enfant qui tombe le nez dans son château de gouttes de gadoue, le dévoilement de seins énormes par une de ces vénus grasses qui enroulent leur maillot de bain multicolore autour de leur corps élastique, le ballet amoureux de jeunes émoustillés, que sais-je, je m'emploie discrètement à résoudre l'énigme de mon animation postérieure. Mes doigts partent en reconnaissance et constatent avec une surprise mêlée d'appréhension la présence d'un corps étranger entre mes globes fessiers ; ils se saisissent, à deux, de ce corps étranger remuant et l'extraient des ténèbres pour le porter à mes yeux...&lt;br /&gt;C'était un énorme frelon, à demi noyé, en train de reprendre ses esprits dans l'inconfort de mon fondement. Il devait avoir folâtré près de la crête des vagues, s'être laissé griser à son jeu et avoir pris le bain jusqu'en cet endroit improbable.&lt;br /&gt;Jetant au loin la bête venimeuse, j'ai poussé un cri d'effroi qui a fait bondir tous mes amis ; je frissonnai à m'imaginer l'impact de son dard sur mon coccyx...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je ne sais si cet épisode fit de moi un héros aux yeux de mes amis ou s'ils me considérèrent avec un regard renouvelé, un peu narquois. Ce fut en tout cas un de ces épisodes qui prend, à votre corps défendant, des dimensions mythiques. Mais il fallait parachever cet épisode pour lui donner un sens plus profond, l'ancrer dans l'imaginaire collectif de mes amis et l'inscrire dans ma chair. Car sans la piqûre, l'événement était incomplet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques jours plus tard, donc, nullement échaudé par cette mésaventure, je m'égayais de nouveau dans les vagues tonitruantes, cherchant le meilleur moyen de surfer avec mon seul corps la masse mouvante et mousseuse de l'eau. Je m'avançai au pied des vagues, à l'endroit où elles atteignent le seuil de leur déferlement. Mon corps n'était plus que tension, volupté violente de la submersion. J'étais seul, loin au devant de mes amis, seul avec la mer et quelques autres téméraires. Tout pouvait m'arriver : je pouvais être happé par un requin et entraîné au loin, ou bien enlacé par une sirène, je ne serais pas consentant et ma compagne ne le verrait pas...&lt;br /&gt;Mes pieds s'ancraient solidement au sable, avant la vague, pour pouvoir me retourner et produire la poussée nécessaire au surf. C'est alors que je sentis un corps me heurter par le côté, sous l'aisselle. Dans le coin de mon regard, j'eus la courte et intense vision d'un grand corps nu, rose, assez gras, et m'exclamai en sursautant : "Oh pardon mademoiselle !"&lt;br /&gt;Mais ce corps ne fit pas de mouvement alerte pour se dégager comme l'eût fait une femme. Je venais de m'adresser sur le ton le plus embarrassé à une énorme méduse qui n'avait pu entendre l'expression de ma gêne toute galante et qui, poussée par l'eau mobile, appuyait sous mon aisselle de tout son brûlant et gluant élan !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici comment, par mes relations sensuelles avec deux des individus les plus fâcheux du règne animal, je fondai une mythologie minuscule que le grand Ovide lui-même eût gravée et animée de son style avec un plaisir entier si seulement cela lui avait été conté. Mais voilà, je l'écris avec mes moyens limités et je suis loin même de la petite renommée d'Apulée. Vous pouvez croire que cette histoire qui s'inscrivait dans une cosmogonie tout à fait originale est vouée à disparaître en quelques années...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(1) : apprécier la pensée toute kantienne même dans les moments les plus délicats&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-2955404451984182410?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/2955404451984182410/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=2955404451984182410&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/2955404451984182410'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/2955404451984182410'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/08/ce-quil-marriva-en-bord-de-mer-avec-des.html' title='Ce qu&apos;il m&apos;arriva en bord de mer avec des animaux'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-6345972704025893054</id><published>2008-08-26T15:58:00.015+02:00</published><updated>2008-08-28T15:26:22.890+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='bizarreries'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='référencement'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='secret'/><title type='text'>Chercheurs de l'étrange</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ah ! Merveille des comptes-rendus google analytics ! Je vous livre les 25 premiers résultats de recherche Google qui ont conduit des lecteurs errants sur mon site. Pauvres chercheurs en quête souvent de l’étrange, j’imagine que vous fûtes déçus ; en tout cas la liste que vous constituez est d'une incongruité délicieuse :&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;louis butin&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;"photo"elle est assise à son bureau et laisse entrevoir sa petite culotte&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;"roi heenok" blogspot.com&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;baignoire assis&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;baignoire petite longueur&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;baignoire sous pente&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;baignoires de petite dimension &lt;/li&gt;&lt;li&gt;blog petites fesses moulées de fille&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;cascades baton sculpté&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;clitoris congestionné    &lt;/li&gt;&lt;li&gt;colmater baignoir en émail&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;dimension baignoire sabot&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;fesses de butin&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;fille black sesie&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;le haut butin 14&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;les quatre vieux&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;les seins tendus sous l excitation&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;luis butin&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;m baignoire&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;nom d'une plante dite misere&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;photo membre fantome&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;recherche petite culote deja porte&lt;/li&gt;&lt;li&gt;recits illustres fessées&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je comprends très bien que l'on cherche à voir des "fesses de Butin", c'est une des plus belles merveilles qui se puisse révéler. Mais que l'on parvienne à mon site en cherchant une "fille black sesie"... Je ne me souviens pas avoir commis de faute d'orthographe de cet ordre là, ni même avoir chargé un personnage d'un très lourd cheveu sur la langue qui l'aurait conduit à ne pouvoir prononcer "sexy" correctement... Le pauvre...  Ce serait un traitement inhumain... Le faire zézayer ainsi... "Mademoiselle, vous savez, ze vous trouve très sesie. Ze voudrais vous zembrazer..."&lt;br /&gt;Ah, et au nombre des obsédés, j'éprouve une profonde compassion pour celui qui "cherche des petites culottes déjà portées" et qui se retrouve sur mon blog, d'autant que le bougre, en plus de porter en lui une insondable misère sexuelle, poids moral parfois plus éprouvant qu'une appétence musicale pour Mylène Farmer, mais moins toutefois qu'un goût certain pour les armes à feu, ce bougre d'obsédé, l'accablai-je, ne sait pas écrire "culotte" sans faire une faute d'orthographe, quant à l'accord en genre... mais ne l'éreintons pas plus, ce brave chercheur de parfums, ce poète maudit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à tous les architectes et les techniciens qui souhaitaient obtenir des précisions sur les baignoires de petites dimensions, ils ont, je l'espère, appris dans ces colonnes les dangers de ces meubles et ont à n'en pas douter renoncé à leurs projets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah oui, et puis la plante qu'on appelle misère... Tradescantia flumensis... pas grand chose à dire là-dessus... C'est robuste, ces bêtes-là !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et quelle puissante curiosité pousse un individu doté de raison (supposition déterminée pour une personne sachant se servir d'Internet) à rechercher l'image d'une chose invisible  par définition ? Qui peut bien chercher à trouver la "photo d'un membre fantôme" ? Comment s'appelle la figure de style qui correspond à ce type de formule contradictoire : "photo d'un membre fantôme", ou que sais-je, "recherche labeur oisif" ? Ah oui, l'antiphrase ! Je définirai donc doctement la recherche sus-mentionnée par les termes d' "antiphrase à caractère sexuel non-résolu".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais mon résultat préféré demeure "cascades baton sculpté" ; ce devait être ce cher Indiana Jones, qui, depuis l'ordinateur de l'université où il enseigne, cherchait l'un de ces objets chargé de mystérieux pouvoirs...&lt;br /&gt;La fameuse Cascade au Bâton sculpté, toujours introuvable, forclose en sa jungle impénétrable, attend l'homme qui saura déclencher le Mécanisme. Il y a, dans cette Cascade au Bâton sculpté, un je ne sais quoi de révélation sexuelle primordiale. Qui sait si ce brave Indy y recherche, à l'approche du déclin, la source de sexualité éternelle. Car il me semble que le Saint Graal, s'il apporte longue vie à celui qui y a bu, ne résoud pas tous les problèmes de la prise d'âge... C'est à la suite d'un énième spam lui proposant du viagra à des prix défiant la concurrence du pharmacien de quartier qu'Indy a décidé de prendre les choses en main, si je puis me permettre cette formule terriblement ambiguë, et qu'il est passé, oh, pour une poignée de secondes seulement, par mon blog... Ce qu'Indy ne sait pas, c'est que la réponse à ses questions est bel et bien entre les lignes... Voilà qu'il a failli dans sa lecture diagonale, superficielle. Pauvre ami, j'étais ton dernier espoir de sexualité épanouie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Internautes, vous êtes profonds, peut-être sans le savoir... Ainsi la personne qui réalise l'accolage des mots "clitoris congestionné" offre un pendant (hum, sic) admirable à la "cascade au bâton sculptée" évoquée à l'instant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, cette somme de considérations laborieuses pour dire que, à la suite de nombreux auteurs, puissants esprits du XXe siècle que je vous ferai grâce de ne pas citer (la liste serait trop longue, mais allons-y néanmoins de quelques noms : Perec, Queneau, Valery, Joyce), s'affirme la force des listes.&lt;br /&gt;Je ne pense pas que j'aurais pu faire une plus belle liste de recherches supposées. La puissance d'évocation, l'humour intrinsèque et la richesse combinatoire interne de cette liste réalisent une création littéraire cohérente, aléatoire et démocratique.&lt;br /&gt;Et à n'en pas douter, ce billet m'apportera d'autres poètes de la plus belle eau...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-6345972704025893054?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/6345972704025893054/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=6345972704025893054&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6345972704025893054'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6345972704025893054'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/08/chercheurs-de-ltrange.html' title='Chercheurs de l&apos;étrange'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-215592762920894738</id><published>2008-07-21T14:19:00.010+02:00</published><updated>2008-08-27T14:28:46.662+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='contes du désir'/><title type='text'>Les Yeux Misère</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le vieil homme gravit la colline pelée sous des trombes d’eau ; ses pieds cherchent leurs appuis dans la lande boueuse ; sa longue barbe broussailleuse est maculée de terre ; ses yeux pâles semblent aveugles. Mais voilà qu’il creuse le sol de ses deux mains crispées, ses grands ongles ébréchés charrient la terre comme les griffes d’un chien.&lt;br /&gt;Son regard s’allume d’une passion retrouvée : il se saisit d’un grand bâton sculpté. « Hiar hiar hiaarh !, grince le rire fou du vieillard. La puissance ! HIAR HIAR ! LA PUISSANCE !!! »&lt;br /&gt;Les éclairs déchirent le ciel et investissent le bâton du sorcier maléfique.&lt;br /&gt;« HIAR ! HIAR ! LA PUISSANCE !!! », rugit-il, et ses deux mains crochues s’agrippent au volant de son énorme 4x4 de luxe. « LA PUISSANCE !!! » et il parcourt, tel une boule de lumière, les rues d’une ville sale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Éteins cette télévision, Vincent. Je voudrais pouvoir écouter l’invité de France Inter. C’est le ministre Battesti, grommelle Thomas à l’adresse de son jeune fils. L’enfant s’exécute sans renauder.&lt;br /&gt;Thomas, un jeune cadre récemment promu, s’enfile quelques biscottes en silence. Sa femme parle peu, envoie quelques sourires matinaux à son fils et son mari. C’est certainement le sommeil qui n’est pas tout à fait levé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au terme de dix ans de bons et loyaux services, Thomas a obtenu la promotion qui l’extrait du cinquième étage pour l’emmener jusqu’au septième. Son sourire, sa ponctualité, ses heures supplémentaires et, il est important de l’ajouter, son génie et ses résultats ont fini par atteindre les papiers de la Directrice générale.&lt;br /&gt;Accompagné par la sous-directrice en prospective comptable, il découvre avec un bonheur enfantin un vaste espace où trois bureaux répondent à trois fenêtres, où les plantes s’agitent près d’un climatiseur, où la vue porte au-delà des toits en contrebas. C’est là qu’il va s’installer. Deux jeunes femmes partagent l’aubaine avec lui, mais elles se sont depuis longtemps habituées à l’endroit.&lt;br /&gt;Mme Vanessa Cormier, la sous-directrice, le présente :&lt;br /&gt;—  Voilà, je vous présente Thomas Daudesson qui va nous aider à superviser la stratégie d’économies d’échelle....&lt;br /&gt;—  Enchanté…, se lance Thomas. J’ai trente-sept ans. Je travaille ici depuis dix ans. J’ai commencé au cinquième étage. J’ai tenu la comptabilité dans les services après-vente pendant dix ans, et voilà, que dire… on aura peut-être le temps de parler ?&lt;br /&gt;—  Claire Duvier-Santos, dit une brune au visage aigu.&lt;br /&gt;—   Moi, c’est Julie, dit une femme de taille moyenne aux traits réguliers. Vous êtes marié.&lt;br /&gt;—   Oui. Ma femme s’appelle Héléna.&lt;br /&gt;—   Des enfants ?&lt;br /&gt;—   Oui. Un fils de six ans. Il s’appelle Vincent.&lt;br /&gt;—   Bien, Thomas, je vous laisse finir de faire connaissance avec votre travail, conclut Mme Vanessa Cormier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Thomas prend place à son bureau, vérifie son ordinateur, à commencer par l’accès au réseau interne, puis il fait le tour des programmes intégrés où il enregistrera ses dossiers. Une fois ce petit prélude achevé, il se racle la gorge et demande :&lt;br /&gt;—   Vous avez l’air d’être là depuis un certain temps…&lt;br /&gt;—   Trois ans, répond Claire.&lt;br /&gt;—   Presque cinq, dit Julie.&lt;br /&gt;Thomas se replonge dans le travail. Il examine les dossiers qui sont dans l’armoire proche. Sur plusieurs étages, les chemises suspendues sont emplies de documents. « Bilans industrie » classés par semestres, « économies d’échelle — districts A et B », classés bimensuellement,  « économies d’échelle — district 1 », etc. classés par an.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;—   Il faudra faire une petite réunion pour se mettre au clair sur le rôle de chacun, intervient Julie. La secrétaire de Mme Cormier doit nous prévenir de l’heure…&lt;br /&gt;—   OK.&lt;br /&gt;Claire retire ses lunettes et se tourne vers Thomas :&lt;br /&gt;—   Il y a une légère réorganisation... Mathilde, dont tu as pris le bureau, faisait un travail irrégulier. Julie et moi, on va pouvoir, je l’espère, compter un peu sur toi, pour alléger le boulot. Les échos de ton talent sont montés du cinquième étage… Je l’espère : fini de travailler en soirée !&lt;br /&gt;—  Tu peux déjà compulser le bilan annuel 2016, complète Julie. Les objectifs ont été sérieusement resserrés pour 2017. Tu n’auras qu’à l’emporter avec toi ce soir et plancher dessus ce week-end. Les actionnaires attendent beaucoup de notre division. M. Mercier et Mme Cormier sont tendus.&lt;br /&gt;—   C’est un peu pour ça qu’ils ont rétrogradé Mathilde.&lt;br /&gt;—   Oui, ça et autre chose…&lt;br /&gt;—   Elle ne le prend pas trop mal ?, demande Thomas.&lt;br /&gt;—   Non. Elle aurait pu. Ce serait bien son genre de péter les plombs.&lt;br /&gt;—   Elle aime être le centre d’attention. Beaucoup l’ont consolée…&lt;br /&gt;—   Ah.&lt;br /&gt;Thomas baisse le nez vers le dossier qu’il a tiré de l’armoire. Il n’aime pas les commérages. Il ne s’intéresse pas aux contingences.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La réunion s’est terminée à vingt deux heures.&lt;br /&gt;Il rentre rompu, partagé entre l’excitation et l’anxiété. Sa femme n’est pas là — restée manger avec Vincent chez sa copine Sophie…&lt;br /&gt;Thomas se fait réchauffer au four à micro-ondes un bol de nouilles chinoises qu’il engloutit devant les premières annexes du bilan annuel 2016. Il se met en pyjama, celui-ci sent les fleurs – l’adoucissant précisait « fleurs de printemps ». Les draps ont la même odeur. Ce soir, et cela fait longtemps qu’il n’a pas ressenti ça, une crainte diffuse monte en lui. Il  voudrait toucher la peau de sa femme, sentir peser son corps, plonger le visage dans ses cheveux. Il pense au travail. Comme une vague qui reflue, il a soudain peur du contact de sa femme : la poitrine douloureuse, les nerfs irrités.&lt;br /&gt;Quand Héléna rentre au milieu de la nuit, elle trouve son mari allongé sur le canapé, endormi devant un programme interactif ; il a pris une couverture pour la nuit. Elle hausse les épaules, habituée à cette absence charnelle, couche Vincent et s’enferme dans la chambre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Après un an dans son nouveau bureau, Thomas a fait mieux que trouver ses marques : la stratégie de gestion, pilotée par ses soins a dépassé les objectifs ; la sous-directrice envisage clairement de le proposer au poste qu’elle s’apprête à quitter.&lt;br /&gt;Mais peu à peu, sur un plan plus signifiant dans l’histoire qui nous intéresse, il semble que, aussi entouré de jolies femmes fût-il, Thomas s’est profondément anesthésié : pas un mot plus haut que l’autre et pas une once de désir ne parvient à sa conscience. Il en a peut-être été toujours ainsi. C’est curieux : il prête peu d’attention aux femmes. Si : il regarde les yeux des femmes qui lui sont supérieures et il y cherche l’assentiment. Il se souvient que ce manque d’attention a déplu récemment à la dénommée Mathilde, celle dont il a pris la place l’année dernière. Elle a dit partout qu’il la snobait ; ceci parce qu’il ne lui a pas rendu son bonjour dans l’ascenseur. Il ne l’avait pas vue entrer : il regardait des chiffres et réfléchissait à une formule méliorative… Drôle de femme : couleurs vives, regard surligné de noir. Tous ces éléments, rétrospectivement, s’imposeront bientôt à l’esprit de Thomas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, c’est arrivé. Deux événements, coup sur coup.&lt;br /&gt;Il prend le poste de sous-directeur en prospective comptable. Et aussi autre chose, plus mystérieux, a survenu.&lt;br /&gt;Il va siéger au Comité des huit. Et son regard maintenant s’aimante aux formes des jolies femmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand sa femme se déshabille, ses yeux s’accrochent à la bretelle de la robe et suivent son trajet le long du bras. Il note le grain et la couleur de la peau, la rondeur du bras, la ligne très légèrement incurvée jusqu’au coude, les plis du coude. Tout cela entre dans ses yeux comme l’eau dans un gosier assoiffé. Il pousse une exclamation qui fait sursauter Héléna, un cri de joie et de désespoir : merveille de Voir et impuissance à assouvir l’Absolu. Elle accepte, perplexe, de s’effeuiller pour Thomas. Le bonheur d’être désirée comme jamais auparavant se mêle d’une violente inquiétude : les yeux de Thomas s’écarquillent à mesure qu’elle se dénude ; il est comme frappé de folie. Pour Thomas, c’est plus incompréhensible encore, ce bouillonnement dans le cœur, cette fusion des yeux avec la chair contemplée, cette salive dans sa bouche telle d’un animal devant une bonne pâtée ; à ce feu répandu répond son membre viril.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le lendemain, il essaie de comprendre ce qui lui prend. Ce matin encore il a soulevé les draps pour observer les jambes d’Héléna, longues, souples ; il est hypnotisé un instant par un genou, puis ses yeux se figent sur la culotte, l’endroit où la culotte enferme la peau, le pli léger de peau repoussé par l’élastique. Le regard suit toutes les trajectoires des élastiques, s’attarde longuement sur le renflement du pubis. Le temps s’écoule, incompréhensible, le temps et le sens, incompréhensibles. Il devrait être parti au boulot, il a une réunion avec les hauts membres du conseil ! Il a assouvi la chair hier soir et le regard ne connaît pas l’assouvissement… Le temps déroule encore ses béates minutes dans la contemplation sensuelle, ce jusqu’au réveil d’Héléna. Elle est stupéfaite et le houspille : vu l’heure, il devrait déjà être au travail !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le trajet, ses yeux quêtent décolletés et jolies jambes, suffocante question de survie. Il se rappelle ses premières leçons de natation, tout enfant, quand la ligne flottante qui séparait le bassin en couloirs lui servait de bouée entre chaque brasse. Sa peur s’apaisait quand il se saisissait de la ligne et qu’il s’y appuyait. Il se saisissait d’une des bouées de la ligne, entre ses deux mains jointes, comme autour d’un melon, ou d’un sein. Il lui semble qu’il marche ainsi, en quêtes de bouées jalonnant son parcours : des visions sensuelles, un peu de peau féminine qui fait refluer un affreux sentiment d’angoisse.  Il lui semble que ses jambes vont s’effondrer sous lui s’il n’a pas bientôt la vision de fesses moulées dans un beau pantalon, qu’il va perdre tout son souffle s’il n’a pas dans les prochains mètres la vision d’un beau visage surplombant un décolleté généreux. S’il devine la culotte sous le tissu du pantalon, ses jambes se chargent d’une puissante énergie ; l’embarras diminue dans sa poitrine s’il aperçoit la dentelle d’un soutien-gorge moulant un sein bien dessiné. Incompréhensible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fait irruption dans la réunion du Comité des huit. Sa figure est figée en un masque d’anxiété et d’effroi, son costume n’est pas repassé et il ne parvient à parler qu’une fois que son regard s’est arrêté sur l’échancrure du chemisier de soie de la directrice de la branche Collectives : un long monologue d’excuses mensonger et maladroit.&lt;br /&gt;L’immobilité de son regard attire bientôt les autres dans son faisceau directionnel et tous les directeurs et sous-directeurs sont soudain troublés de l’inopportunité de ce regard intensément posé sur les seins de Mme la Directrice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La longue journée de travail qui s’ensuit indisposera Claire et Julie qui regretteront d’avoir rivalisé dans le choix de leur robe pour la quantité de peau exposée. Thomas ne parvenant pas à travailler, cherche le moindre prétexte pour entrer dans leur bureau et ainsi abreuver ses yeux asséchés. Julie finit par éclater, malgré la réserve due au rang de Thomas :&lt;br /&gt;— Mais qu’est-ce qui te prend de nous regarder comme ça, Thomas ? Tu ne parles plus, tu regardes nos seins et nos cuisses ; non, là, c’est vraiment glauque !&lt;br /&gt;— C’est vrai, tu ne nous a jamais regardées et là, soudain, c’est trop !, ajoute Claire.&lt;br /&gt;— J’étouffe, je sors !, enrage Julie.&lt;br /&gt;Thomas, estomaqué, souffre le feu des paroles de ses deux collaboratrices et le muet reproche du nouveau collaborateur qui a pris sa succession dans le bureau avec les deux jeunes femmes. Hébété un instant, ses nerfs s’embrasent tout à coup et il sort en claquant la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir, en rentrant, il se sent victime d’une maladie grave. Son cœur lui envoie des signaux douloureux. Il parvient à rentrer en suivant son nouveau fil d’Ariane : la meilleure façon d’avancer consistant à suivre les fesses ou le joli dos d’une belle femme empruntant le même itinéraire que le sien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa convocation dans le bureau du directeur des ressources humaines la semaine suivante n’est pas une surprise. S’il fait la somme des scandales écoulés en trois jours, il sera heureux s’il n’est pas congédié.&lt;br /&gt;Face au directeur des ressources humaines auquel s’est joint le directeur général lui-même, Thomas tente d’expliquer une pulsion bien au-delà de ses forces et là, soudain, il se surprend à regarder l’entrejambe du directeur général, son regard cherche à deviner la conformation sexuelle du grand patron.&lt;br /&gt;— Je crois dépasser le cadre de notre travail si je vous dis, M. Thomas Daudesson, que vous suscitez une envie très forte de vous flanquer un poing dans la figure, conclut le directeur général. Mais reprenons le contrôle de nos nerfs : M. Daudesson, nous allons entamer une procédure de licenciement contre vous. Vous vous êtes expliqué ; nous avons bien noté la détresse que vous exprimez. Mais vous comprendrez que votre attitude est un harcèlement de tous les instants pour chacun de nous, aussi la procédure de licenciement est irrévocable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SISHo5gljbI/AAAAAAAAABE/zdwruj1uONM/s1600-h/bonnardjapanstyle.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 3px 0px 10px 20px; float: right; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SISHo5gljbI/AAAAAAAAABE/zdwruj1uONM/s400/bonnardjapanstyle.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5225450604358634930" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Dans son bureau, un message sur son répondeur attire son attention. Par le haut parleur du téléphone la voix de sa femme lui dit qu’elle quitte l’appartement, qu’elle ne veut plus le voir : il lui fait trop peur.&lt;br /&gt;Alors, Thomas pleure comme il n’a jamais pleuré de sa vie, des flots de larmes emplissent ses yeux asséchés par tant de convoitise sexuelle ; sa poitrine s’emplit de chagrin, des répliques font trembler ses épaules, brûlent ses flancs et il paraît que ses reins se déchirent douloureusement ; une violente fièvre le saisit tout entier ; il a l’affreuse impression de quitter des vêtements et de se trouver nu.&lt;br /&gt;Quelqu’un frappe à la porte. Sa voix quand il autorise la personne à entrer est méconnaissable, brisée. C’est Mathilde, la vaniteuse. Une robe noire et fleurie de fils colorés révèle des pans de paysage : une fine et pâle peau dont on devine la soyeuse mollesse, et cette peau décrit des courbes harmonieuses qui vont se perdre sous le tissu noir. Son visage, sur ces ondes délicieuses, révèle un sentiment de triomphe.&lt;br /&gt;— Je vois, dit-elle, narquoise, que vous avez trouvé l’exorcisme à votre malédiction. Il est certainement trop tard, mais je tenais à m’excuser. Les larmes ont un pouvoir très fort, M. le Sous-directeur. Vous me regardez enfin. Hélas, vous quittez les lieux… J’y pense : cette épreuve vous aura peut-être aguerri et surtout, livré des secrets. Voilà en tout cas que vous me regardez…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il est vrai que cette sorcière est magnifique.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-215592762920894738?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/215592762920894738/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=215592762920894738&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/215592762920894738'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/215592762920894738'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/07/les-yeux-misre.html' title='Les Yeux Misère'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SISHo5gljbI/AAAAAAAAABE/zdwruj1uONM/s72-c/bonnardjapanstyle.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-1207341353492049119</id><published>2008-06-12T09:50:00.010+02:00</published><updated>2008-09-09T06:41:33.169+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit initiatique'/><title type='text'>Ce qu'il m'arriva dans une baignoire sabot avec un savon très très glissant</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La baignoire sabot est un objet relativement rare.&lt;br /&gt;Dans certains appartements, certaines maisons où la salle d'eau est trop petite pour héberger une baignoire, certains propriétaires à l'esprit tourné différemment du commun des mortels décident d'engoncer dans l'espace idoine une baignoire plus courte que la normale — que n'ont-ils pas installé une douche comme tout le monde!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La baignoire sabot, pour ceux qui n'en ont jamais vu, est une baignoire de petite dimension dans sa longueur, mais assez haute, excavée selon une forme de fauteuil en son intérieur. Le baigneur y est donc assis, et peut laisser la pente d'une décontraction pleine de morgue modeler sa silhouette d'homme ou de femme saisi dans la station de lecture ou de pensée ou encore de repas — à la nuance que la nudité ôte un peu de la superbe de la station assise et réciproquement.&lt;br /&gt;La bonde se trouve aux pieds du baigneur et le robinet est face à lui. Une fois assis dans la baignoire sabot, l'enceinte nous parvient à peine au niveau des aisselles. Si l'on souhaite remplir la baignoire, l'on pourra avoir de l'eau jusque sous la poitrine. Il est à noter qu'on ne peut se mouiller les épaules qu'en s'aspergeant ou en se livrant à une gymnastique absconse. Un bain chaud, s'il détend aimablement le bas du corps, laisse le haut tout frissonnant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or, voilà donc que je me trouvai dans un appartement, dans les Pyrénées, doté de l'équipement que je viens de vous décrire avec application. Je décrirai ma baignoire avec plus de détails encore car il s'agit de vous bien pénétrer de l'événement qui advint alors que j'étais dans la pleine vigueur de mon adolescence. En ce temps-là, l'onanisme aquatique n'était pas la plus honteuse de mes préoccupations : je tiens l'anxiété de mon narcissisme pour plus délicate encore. Mais cette fois, j'étais en famille, aussi m'abstenais-je douloureusement de certains épanchements ; j'y pensais beaucoup, je me retenais tristement.&lt;br /&gt;Assis et nu dans cette baignoire, je pouvais constater les penaudes parties appuyées contre l'émail. En cet endroit le siège s'incurvait vers le haut, faisant une retenue d'eau qui s'écoulait par une petite rigole centrale. Un individu plus joueur eut pu colmater cette rigole de son scrotum. Mais j'étais bien trop éreinté par une journée de ski, aussi mes facultés me laissaient-elles à peine entrevoir ce genre de fantaisies. Je me douchais ; l'eau chaude frappait mes épaules, éclaboussait intermittemment l'alentour confus. L'eau, en cascades sur mon dos et contre la pente de la baignoire ruisselait, entourait mes reins et plongeait en une légère cascade jusqu'à mes pieds. Il n'y avait qu'à contempler, à se transporter à Iguazù, aux chutes Victoria ou à celles du Niagara... Hébété, j'entrepris de me saisir d'un savon. Or ce savon n'était pas devant moi ; le fourbe était tapi derrière, dans un recoin mouillé. Me contorsionnant, je cherchai à m'en saisir, mais il m'échappa. Il tomba juste à l'aplomb de la pente qui plongeait vers mon arrière-train. Prenant la pente tel un bobsleigh véloce, il accéléra projeté par la force centrifuge. Obsédé par l'idée de m'en saisir avant qu'il m'eut heurté, je me soulevai du siège, l'une de mes mains en chasse du perfide, lourd et agile savon. Ce fut l'instant pile où le savon passa sous l'une de mes fesses, fila en &lt;span style="font-style: italic;"&gt;aquaplaning&lt;/span&gt; vers la retenue d'eau qui se transforma pour lui et sous l'effet de la vitesse vertigineuse qu'il avait acquise en tremplin : le savon sauta, leste comme aucun savon avant lui, et vint heurter de toute sa prestance de patineur dans le double sac qui eut si bien colmaté la brèche du barrage de la baignoire sabot. Le propriétaire de ces attributs, moi-même en cette malencontreuse circonstance, et je suis persuadé que ce danger guette de nombreux possesseurs de semblable équipements (je laisse ici toute positive ambiguïté : baignoire sabot, mâles attributs), le brave et maladroit garçon que j'étais en fut tout surpris et tout endolori.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-1207341353492049119?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/1207341353492049119/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=1207341353492049119&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/1207341353492049119'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/1207341353492049119'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/06/ce-quil-marriva-dans-une-baignoire.html' title='Ce qu&apos;il m&apos;arriva dans une baignoire sabot avec un savon très très glissant'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-2711562355735846553</id><published>2008-06-04T10:41:00.005+02:00</published><updated>2008-08-27T12:58:05.354+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='humour'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Hip hop québecquois'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='banlieue parisienne'/><title type='text'>Roi Heenok à Sevran, t'entends ?</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SEZVxGKxcGI/AAAAAAAAAA0/uXoOlqcxCbc/s1600-h/IMG_1219.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5207944321058304098" style="margin: 0px auto 10px; display: block; cursor: pointer; text-align: center;" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SEZVxGKxcGI/AAAAAAAAAA0/uXoOlqcxCbc/s320/IMG_1219.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Tiens, j'ai pris cette photo dans une cité de Sevran — la plus grosse plaque-tournante de drogue de tout Paris...&lt;br /&gt;Sortant de la station de RER, l'homme se trouve face à des abribus désolants, des bornes en béton grignotées par la pluie ; et là, en pleine gare routière, un ruffian en motocross fait des wheelings au milieu des piétons.&lt;br /&gt;Le farwest à vingt minutes de Paris.&lt;br /&gt;Le pied-tendre se retourne pour appréhender d'éventuels dangers, un tour d'horizon du regard, et, derrière lui, sur des cabines téléphoniques dévastées, il aperçoit des pubs pour le roi du Hip-hop québecois...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu le sais : tu es dans un monde perdu, où plus rien de bien ne peut arriver, où le soleil ne risque pas un seul de ses rayons, de peur de les salir...&lt;br /&gt;Voilà pour ma contribution aux clichés sur les cités.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-2711562355735846553?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/2711562355735846553/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=2711562355735846553&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/2711562355735846553'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/2711562355735846553'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/06/roi-heenok-sevran-tentends.html' title='Roi Heenok à Sevran, t&apos;entends ?'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SEZVxGKxcGI/AAAAAAAAAA0/uXoOlqcxCbc/s72-c/IMG_1219.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-8522981728421575744</id><published>2008-05-12T13:19:00.014+02:00</published><updated>2008-09-28T18:03:12.594+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Derim'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit de voyage'/><title type='text'>Derim 3 - rencontre de Kaadji et Kouhoun - en mer</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Nous laissâmes bientôt les vieillards à leur service public et reprîmes notre visite du village au bras de l’aveugle Milo.&lt;br /&gt;« Plus loin, vers le Morne vert, il y a une maison un peu à l’écart du village. », dit-il. Et il nous conduisit avec l’assurance d’un homme parfaitement voyant.&lt;br /&gt;C’était une jolie maison à deux étages. Un gaillard d’une trentaine d’année fumait la pipe sur un tabouret, devant les ghindrès. Ses vêtements étaient colorés, ce qui différait de la mode locale. Un jeune garçon de six à huit ans jouait : une petite barque en bois et un poisson en verre dans chaque main. Il se racontait une histoire.&lt;br /&gt;Milo nous présenta à l’homme : Kaadji, et son fils Kouhoun.&lt;br /&gt;Kaadji n’avait pas l’air du plus agréable des hommes ; mais il était perméable à la séduction de son ami. Bientôt, il nous regarda en plein visage, Oscar et moi ; puis il montra la barque que tenait son fils et dit : « touk ! »&lt;br /&gt;Milo précisa : « il accepte de nous emmener faire une balade sur son touk pour vous montrer la côte.&lt;br /&gt;—    Super ! OK ! »&lt;br /&gt;Décidément, notre voyage en contrée inconnue se goupillait bien : des paysages enchanteurs, une mer clémente à l’eau délicieuse, des indigènes plaisants et aux mœurs typiques, une promenade en mer. Oscar louchait sur la pipe de Kaadji. Il me lâche, une intonation bizarre dans la voix : « ça fera quel effet si je sors mes clopes ?&lt;br /&gt;—    Ils vont peut être vouloir goûter, qui sait. Mais il n’y a aucune raison de t’empêcher de fumer devant eux…&lt;br /&gt;—    Ouais. C’est ma pudeur d’étranger.&lt;br /&gt;—    Pour des cigarettes ?, haha !, m’esclaffai-je.&lt;br /&gt;—    Vous dites quoi ?, nous interrogea Milo qui ne comprenait pas notre langue quand nous parlions français.&lt;br /&gt;—    Désolé, s’excusa Oscar dans la langue de Dérim. Nous avons le caractère naturellement timide. Aussi, nous réalisons le poids de votre regard et nous nous inquiétons : nous ne voulons pas vous déplaire.&lt;br /&gt;—    Nous vous avons donné des preuves de notre bienveillance, avança Milo.&lt;br /&gt;—    Tout à fait, repris-je. Ce qu’Oscar veut dire, c’est que nous discutions de détails qui impliquent notre délicatesse vis-à-vis de nos hôtes.&lt;br /&gt;—    Haha !, s’illumina Milo. Vous êtes de très braves gens ! Mais ici, nous ne nous soucions guère de la politesse… Nous avons quelques traditions très respectables, que nous nous amusons les premiers à tourner en dérision. Une seule chose nous inquiète : que les deux grands pays cherchent à nous soumettre. Ça, nous ne le voulons pas.&lt;br /&gt;—    Les deux grands pays ?&lt;br /&gt;—    Au-delà des collines, il y a le Redor. Nous, à Talava, nous avons des cousins un peu partout. Il y a deux autres villages comme Talava, le long de la mer. Les gens des deux grands pays ne nous apprécient guère. »&lt;br /&gt;Je ne trouvai pas de mot pour « racisme » dans la langue de Dérim. Oscar demanda des précisions :&lt;br /&gt;—    C’est une différence politique ? vous souhaitez la liberté ? non, ce n’est pas ça, vous ne parlez pas la langue de Dérim… C’est une différence d’origine ?&lt;br /&gt;—    Je crois que c’est cela. Nous traînons une réputation de pirates, de voleurs. Mais c’est faux ! »&lt;br /&gt;Ils se tourna vers Kaadji pour lui relater notre conversation. Kaadji lança quelques mots dans la seule langue que nous comprenions ici : « oui, j’ai compris vos préoccupations. Vous êtes curieux des cultures. C’est bien. »&lt;br /&gt;Il abandonnait son dialecte pour nous donner des bons points…&lt;br /&gt;« Je vais vous montrer mon touk ! », dit-il fièrement.&lt;br /&gt;« Purée, on dirait un Corse, grommela Oscar alors que nous arpentions la sente qui descendait jusqu’au port. Le gars fait semblant de ne pas parler la langue que tout le monde parle… et quand tu te rends compte qu’il la maîtrise, tu oses à peine le regarder dans les yeux, ce que lui ne se prive pas de faire… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Kouhoun, l’enfant, s’accrochait à nos pantalons sans aucune gène. Il tirait dessus pour en éprouver la solidité. Il avait une peau de miel et ses vêtements étaient à peine tâchés. Tous les gens que nous avions vus étaient très propres, comme ce gosse. Mais Kaadji, lui, avait un air négligé qui le différenciait des autres : il n’était pas rasé, ses sourcils étaient d’une noirceur intense. Son compère aveugle avait le visage barré d’une cicatrice légèrement rose.&lt;br /&gt;Parvenus au bord de l’eau, Kaadji s’approcha d’une machine qui ressemblait à des rouets de fileuse mis en batterie et peints de toutes les couleurs. Il actionna une manette parmi les autres et mit en branle une manivelle. La poulie couinait malgré l’huile qui l’imprégnait. Là-bas, un bateau s’approchait parmi d’autres, tiré par le fil qui le reliait à terre. Etant d’une nature portée à la mise en question des systèmes, je me demandai comment ce mode de rangement des bateaux, en apparence simple et intelligent, n’aboutissait pas à l’entortillement des fils au gré des marées et des courants, à la collision des bateaux…&lt;br /&gt;Quand nous eûmes pris place à bord, je compris : l’autre côté des bateaux était relié à un réseau de poulies aménagé sur un récif au centre de l’anse. Il n’empêche, la manœuvre pour se dégager du port à poulies fut longue et fastidieuse. Plus près du centre du village, quelques bateaux étaient amarrés aux pontons, ceux-là devaient être privilégiés. Milo nous apprit que seuls les marins qui faisaient métier de la pêche avaient l’autorisation pour les pontons.&lt;br /&gt;Bah, qu’importe, nous étions déjà sous voile, en train de tirer des bords dans l’anse de Talava. La brise était pleine et douce. Les embruns nous éclaboussaient joyeusement. Il faisait beau, et nous avions envie de deviser à l’infini, de parler des femmes, de la vie et de la mort.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefujavascript:void(0)lly();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SCgos5B6VVI/AAAAAAAAAAs/EbNfIruIWVk/s1600-h/File0001.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5199450521487430994" style="margin: 0px auto 10px; display: block; cursor: pointer; text-align: center;" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SCgos5B6VVI/AAAAAAAAAAs/EbNfIruIWVk/s400/File0001.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le touk de Kaadji, par Oscar Braque&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-8522981728421575744?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/8522981728421575744/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=8522981728421575744&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8522981728421575744'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8522981728421575744'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/05/derim-3-rencontre-de-kaadji-et-kouhoun.html' title='Derim 3 - rencontre de Kaadji et Kouhoun - en mer'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/SCgos5B6VVI/AAAAAAAAAAs/EbNfIruIWVk/s72-c/File0001.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-6354274136226926520</id><published>2008-05-12T11:37:00.005+02:00</published><updated>2008-08-27T12:56:56.607+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vénus callypiges'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='humour'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='cannibalisme'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='philospohie'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='littérature'/><title type='text'>Cannibale</title><content type='html'>Rédigé en toute hâte, peu avant la tenue d'un salon littéraire chez Mlle Amélie Perrier, sur le thème du cannibalisme.&lt;br /&gt;Depuis que je savais le thème de la soirée, une séquence me trottait en tête :    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;Un grenier, la porte du grenier. Une porte faite de planches grises. Le grenier s’anime sous un souffle d’air surgi d’un intervalle, un interstice dans la toiture, qu’on ne saurait situer… Les toiles d’araignées frémissent. Un ballon rouge tremble puis s’avance sous l’haleine glaciale du grenier ; il vient buter dans la porte du grenier. Il la pousse doucement. Derrière : un escalier raide. Le ballon dévale les marches, il prend de la vitesse et paf ! il vient heurter le museau de Marcel, le chien de la maison.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Marcel fait un bond en arrière et observe la balle rouge avec étonnement.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Un chien, une balle.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Canis ; balle.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;        &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Il paraît que l’homme a goût de chien… Ou peut-être de poulet ; non, de porc. Les plus fins esprits notent que cela a goût de veau. Bref, on pense toujours à une viande blanche. J’ai envie d’ajouter une petite anecdote : un ami, fin gourmet, considérant la chose et observant dans le même moment la cuisse dénudée d’une jeune femme me confia – il était peut-être un peu échauffé par un de ces vins des Côtes-du-Rhône qu’on nomme Saint-Amour et qui se marient si bien avec les viandes blanches : «hmm. Tout bien réfléchi, ça doit avoir goût de pintade. » Sous le feu nourri de mes objections et d’une certaine accusation de sexisme que je lui fis, il concéda qu’il aurait peut-être lui-même goût de chapon.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Manger un autre homme, il paraît que ça se fait presque institutionnellement dans certaines tribus. Dans ces cas de cannibalisme rituel, on remarque que le cerveau reçoit la primauté de l'attention culinaire. J'imagine que ce choix n'est pas motivé par le goût, et il me faudrait une certaine quantité de feuilles de banane pour pouvoir ingérer ce mets, si raffiné fût-il. Il y a, vous en convenez tous, cette idée qu'on s'approprie la force et l'intelligence de l'adversaire ; c'est un cannibalisme très rationnel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Revenons du côté de la future victime... Etre mangé par un autre homme, ça donne le frisson ; mais plutôt un frisson désagréable… C’est une des morts les plus révulsantes qu’on puisse imaginer. Etre mangé, en général. Bien sûr, un fanfaron vous dira : « si ma mort peut servir quelqu’un dans le besoin… » Il faut bien admettre que surmonter la part d’horreur implique un admirable sens du don de soi.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Je parle de frisson, un frisson d’horreur… Il y a quelque chose dans le cannibalisme qui vient heurter certes nos principes humanistes mais aussi, et cela pour le plus athée d’entre nous, quelque chose qui trouble notre métaphysique. Ne risque-t-on pas de perdre plus que la vie en étant mangé. Chacun tient à son intégrité physique. Les psys appellent ça &lt;i style=""&gt;la peur de la castration&lt;/i&gt;. On aperçoit, je pense, déjà, toutes les intrications complexes entre le corps, l’âme, le sexe, tout le tralala de notre esprit humain. Se faire manger, c’est-y pas retourner dans les ténèbres ? C’est-y pas la matrice maternelle ?&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;Comme on veut se rassurer tout le temps par rapport à la mort et par rapport à l’éventuel becquetage dont nous pourrions être les victimes, on teste. On teste dès qu’on est bébé ! Le bébé met sa main dans la bouche de ses parents et ouf ! est tout heureux de revoir sa menotte intacte ! C’est une des premières aventures conscientes, le premier jeu de la mort !&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Vous connaissez l’histoire de Léo Perutz !? Léo Pérutz était un écrivain autrichien du début du XXe siècle. Pendant la guerre de 14, il est gravement blessé au front russe. Rapatrié, il subit une intervention chirurgicale et se fait enlever une côte flottante qui menaçait de lui percer le poumon. Il vient de subir l’opération, il a demandé à ne pas être anesthésié, il est encore sous le choc de décharges d’adrénaline naturelle. On lui montre dans une cuvette sa côte toute ensanglantée. Eh bien, Léo Perutz demande qu’on donne cette côte à son chien, pour qu’il la mange. Son fidèle ami renifle la belle côte que voilà, la renifle encore et se détourne, sous l’œil ému de l’écrivain aventurier de l’extrême. Notre écrivain déclare fièrement qu’il aime son chien parce qu’il n’est pas une créature morbide. Ce sont ses mots. Il dit « morbide », qui vient d’un mot qui signifie « malade ». Mais le plus proche sens qui conviendrait ce serait « insane ». Un mot au confluent de la maladie et de la folie. Un mot qu’on rattache à une séduction horrible de la mort.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Voilà pour la première partie de mon exposé dont le titre était &lt;span style="font-style: italic;"&gt;canis&lt;/span&gt;, le chien.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;      &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;Je vais essayer d’être plus concis pour la deuxième partie portant sur la balle. Voyez, je fonctionne par association d’idées.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Quand on voit cette balle qui rebondit, une balle rouge, on pense à un cœur. Quand on pense au cannibalisme le plus sauvage, c’est souvent le cœur qui est sous le feu de l’imagination. On n’est plus dans le registre rationnel de la viande blanche, de l’évaluation de la peur, du test de la mort. On est tout à fait dans le registre émotionnel.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Le cannibale féroce a cette puissance de percer la cage thoracique d’autrui pour lui extraire son cœur et le dévorer. C’est un acte férocement sexuel de pénétration et de dévoration. Il y a quelques mois — je l’ai lu lors d’une de mes quotidiennes revues de presse — dans une prison de Rouen, un homme commettait exactement cet acte que je viens de vous décrire sur son co-détenu. Je vous épargnerai le détail de son témoignage, mais il lie très parfaitement son geste à un accomplissement sexuel d’un désir trop fou pour être satisfait par une triviale pénétration du rectum.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;On peut citer toute une tradition de récits de dévoration du cœur. La légende du « coeur mangé » a ainsi donné de nombreux romans au moyen-âge. On trouve également cette histoire dans la littérature de l’Inde, dans le Decameron de Boccace. Bien, cette histoire raconte comment un mari jaloux se venge de sa femme adultère en lui faisant déguster, selon une savante préparation, le coeur de son amant. La pauvre n’est bien sûr pas au courant, elle en mourra. Au-delà d’une vengeance un peu fétide, il y a, je trouve, l’aveu pour le mari que sa femme aimait son amant bien plus que lui, et hors de toute mesure. C’est un aveu terrible d’impuissance.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Il y a le cœur qui palpite, mais ce n’est pas la seule chose qui attire l’attention du cannibale ! Il y a également, chez l’homme, le gland, les testicules, et chez la femme, le clitoris ainsi que les tétons. On peut noter également une attirance pour les doigts des mains et des pieds…&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Chacune de ces extrémités est dotée par l’imagination cannibale de vertus magiques.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Ainsi, cet allemand qui avait émis une petite annonce pour trouver un autre homme volontaire pour se faire manger, définit avec son partenaire ce qui sera consommé en premier. Ils se mettent d’accord sur une petite friture des couilles qu’ils dégustent ensemble, victime et bourreau. Il y a là un simulacre d’amour homosexuel ou bien alors je suis un obsédé complètement à côté de la plaque.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Une autre idée me vient, oserai-je la formuler… une idée en rapport avec cet aspect aventureux de notre psyché, mais quelque chose d’indécent pour une si sérieuse assemblée dans le même temps… L’homme qui se croit malin parce qu’une dame consent à lui pratiquer une attention gourmande à l’endroit de la quelquefois seule fierté qu’il possède, ne devrait jamais oublier le bébé qu’il était, qui mettait sa main dans la bouche de sa mère en espérant que cette main ressortirait intacte. Il ne devrait pas oublier que ce qu’il croit magique en lui, peut en un instant retourner au néant de la matrice du verbe, de la parole. Et heureusement pour les quelques hommes ici présents, je me tairai avant d’évoquer une autre forme de dévoration que Nagisa Hoshima évoque dans son film L’Empire des sens. Car la supériorité psychique de la femme sur l’homme en matière de cannibalisme est indépassable.&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-6354274136226926520?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/6354274136226926520/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=6354274136226926520&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6354274136226926520'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6354274136226926520'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/05/cannibale.html' title='Cannibale'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-3411234758328570906</id><published>2008-05-06T17:35:00.003+02:00</published><updated>2008-08-27T14:30:20.879+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='contes du désir'/><title type='text'>Hellen, l’esprit de Black Peak Island</title><content type='html'>&lt;span style="" lang="EN-GB"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;    Miss Hellen Sørensson ! &lt;/span&gt;Elle nous fascinait tous… Elle était la plus belle fille de Black Peak Island.&lt;br /&gt;Un père misanthrope la dérobait à notre compagnie. Ils habitaient une maison en bois sombre perchée sur le flanc de la seule montagne de l’île, la bien nommée Black Peak, noircie de basalte à son sommet.&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Nous vivotions à William’s Shore, le seul village de cette île du Nord, loin de l’Ecosse. L’essentiel de l’activité de nos pères consistait à pêcher ; notre génération découragée, aux mœurs dissolues passait le temps en longues discussions, en éblouissantes rêveries au Pub de Mr. Stevens.&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Nous nous imaginions tous au bras de Miss Hellen Sørensson devenue Mrs Sharpe (c’est ainsi que je m’appelle), Hawgood, ou même Mrs Cropper, dans les rues animées d’une grande ville cosmopolite ; nous la menions aux clubs les plus chics, fiers, oh ! si fiers ! car nous savions que nulle princesse d’Europe n’égalait sa beauté. Hellen, la plus belle fille de Black Peak Island.&lt;/p&gt;            &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;Lorsque vient le printemps, quand les jours s’étirent et quand le dormeur éreinté par le soleil cherche l’obscurité, quand la nuit claire semble un rêve éveillé, Hellen sort de son antre rougeoyant d’un feu sacré le reste de l’année. Elle s’étire comme un jeune oiseau, trottine, puis bondit de pierre en pierre en riant, toujours plus haut, loin de chez elle, dans la montagne.&lt;br /&gt;    Je l’observe, caché derrière des rochers noirs, et je sais que mes compagnons ne sont pas très loin non plus, mais je suis seul avec cette apparition.&lt;br /&gt;  Hellen, fille du vent ! Elle porte une robe qui dévoile ses jambes fines, douces et blanches comme un cou de mouette. Ses chaussures claquent sur la roche ; à chaque instant, je crains qu’elle ne glisse. Lorsqu’il fait plus doux, elle court pieds nus !&lt;br /&gt;  Hellen, fille du ciel ! Ses cheveux blonds scintillent comme la rosée blanche du matin. Elle monte parmi les rochers noirs. Je la verrai plutôt dans l’herbe verte, parée de fleurs multicolores.&lt;br /&gt;  Son chant est joyeux et aiguillonne le désir. Il inonde en cascades la pente ; il court et vole, ricoche et roule jusqu’à la maison de son père, et enfin, jusqu’à William’s Shore. Son chant est étrange et nul ne le comprend, aussi avons nous conçu que ses paroles étaient celles d’un ange. Hellen avait de loin la plus belle voix de l’île.&lt;/p&gt;      &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;Cliff fut le premier à tenter de l’approcher. Il fit doucement, je le connais ! Il pourrait capturer un lapin sans l’effrayer le moins du monde ! Mais Cliff échoua lamentablement. Il se prit, en outre, un coup de semelle en pleine figure ! Nous jugeâmes à l’unisson que la semelle des chaussures était en corne de chèvre ou de bouc : l’hématome avait fait enfler la tête de notre ami…&lt;br /&gt;  Il n’en eut pas la moindre rancœur. Il tirait même une sorte de gloire de son aventure, faisant croire aux plus jeunes que son bleu était l’effet d’un baiser qu’il lui avait volé et que cela faisait beaucoup de bien. Je me souviens que les enfants avaient ri et agité la tête avec une expression perplexe.&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;Hellen glissait des petits rubans sous les pierres, que nous convoitions comme les plus précieux trésors, d’autant qu’elle y écrivait des phrases indéchiffrables et merveilleuses. Chacun croyait à une déclaration d’amour puisque chacun la suivait en cachette ; chacun pensait avoir été vu, et aimé… Nul n’aurait pu savoir que c’étaient des prières… Hellen était la fille la plus spirituelle de Black Peak Island.&lt;/p&gt;          &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;Mais quand l’été se fut presque écoulé et que l’Aquilon commença à prendre de la vigueur, nous n’y tînmes plus : avec la longue nuit qui s’annonçait, Hellen nous serait encore soustraite pour six longs mois ! Nous étions décidés à la rencontrer et à lui demander lequel d’entre nous elle consentirait à prendre pour époux.&lt;br /&gt;  A la première heure, nous prîmes le chemin de sa maison de bois. Nous étions trente prétendants – presque tous les jeunes du village. Nous frappâmes à sa porte. Aucune réponse. Nous appelâmes : « Mr. Sørensson ! » Nous frappâmes plus fort à la porte.&lt;br /&gt;  Alors, collant nos oreilles à la maison, nous entendîmes une course légère, un souffle aigu. Une fenêtre s’ouvrit et Miss Hellen s’enfuit, pieds nus, vers la montagne.&lt;br /&gt;  Ce n’est pas exactement que nous le voulions, mais la poursuite s’engagea. Nous la suivîmes tout le jour. Quelle endurance, Miss Hellen ! Nous lui prenions du terrain sitôt que le sol était plat et montait régulièrement, mais nous lui en rendions sur les chaos de roches basaltiques qu’elle franchissait en bonds agiles. &lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;Nous étions transis d’admiration et nous aurions pu la suivre sur tout un continent !&lt;br /&gt;Nous arrivâmes presque au sommet de Black Peak Mountain. &lt;/p&gt;        &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;L’autre versant était abrupt, couvert de rochers déchirants et de ravines profondes.&lt;br /&gt;  Hellen se tenait entre la mort et nous, comme un pendule, haletante, si près de nos mains. Caressée par le feu tendre du soleil couchant, elle regardait son père qui faisait paître un troupeau, en contrebas. Elle se murmurait des choses en pleurant. Je fis signe aux autres de s’arrêter, mais le désir les ravageait tous et, croyant pouvoir enfin la toucher, quelques uns firent un pas, deux pas de plus.&lt;br /&gt;  Hellen frémit doucement, comme une feuille au bout de sa branche, saisie par le vent ; elle oscilla sensiblement et dans une plainte qui nous étreignit le cœur, tomba en avant dans l’abîme.&lt;br /&gt;  Alors, je fus le témoin de la scène la plus choquante et la plus silencieuse qui soit : Miss Hellen achevait sa chute, en contrebas, aux pieds de son père. De nombreux jeunes avaient les yeux si agrandis d’horreur... il me semble encore que je m’évanouis ; c’est du moins ce qui m’empêcha de suivre ma bien-aimée au ciel… &lt;/p&gt;      &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;Je me suis éveillé, trois jours plus tard, dans ce pub où nous nous trouvons. Cropper le mal-aimé m’y avait descendu et depuis nous nous consolons dans l’alcool, nous évitons la maison de Mr. Sørensson qui n’a plus jamais reparu… Dans les semaines suivantes, quelques gars ont fait le même saut que Miss Hellen, pour en finir avec son fantôme.&lt;/p&gt;      &lt;p class="MsoBodyTextIndent"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;    Depuis ce temps, les filles appellent cette île, l’Ile des Célibataires ; c’est vrai que nous n’avons plus d’amour à donner, Hellen nous l’a emporté parmi les nuages de Black Peak. Et je sais que chacun de nous aime s’isoler dans la montagne pour écouter le vent, ou les cailloux roulant, s’entrechoquant ; alors, tout nous parle d’Hellen Sørensson.&lt;br /&gt;  Hellen, le plus émouvant fantôme de Black Peak Island.&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 18pt;"&gt;&lt;o:p&gt; &lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;  Allez, mon bon monsieur, offrez-moi donc un autre grand verre de whisky…&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-3411234758328570906?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/3411234758328570906/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=3411234758328570906&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/3411234758328570906'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/3411234758328570906'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/05/hellen-lesprit-de-black-peak-island.html' title='Hellen, l’esprit de Black Peak Island'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-1029393937034756719</id><published>2008-03-04T15:09:00.016+01:00</published><updated>2009-06-10T14:37:41.670+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='contes du désir'/><title type='text'>Comme un loup</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Rien ici que des choses déjà digérées — c’est d’une grande banalité : un homme descend le long escalier qui mène de son appartement au seuil de la rue — tout au long de sa descente, célibataire ou déjà amoureux, son appétit s’aiguise, plus indistinct et plus aigu — et dehors il porte son lourd regard envieux sur tous les visages féminins et les parties du corps qui avivent son désir, recherchant son chaperon rouge, celui qui saura emplir son estomac. Puisque je vous le dis, ceci relève de la plus courante conformation psychique — nul besoin de recherches épidémiologiques pour repérer la vieille flamme du prédateur sexuel en chaque homme, la simple édiction d’un constat suffit : l’homme-loup recherche le chaperon rouge qui, sous sa cape chargée d’une métaphorique et parfois illusoire ardeur sexuelle, change de visage mais vérifie sans cesse l’appétit renouvelé du bonhomme.&lt;br /&gt;Pauvre loup ! Civilisé, poli, son cœur palpite d’une ancienne fureur — quelques poils lui percent la peau des joues et lui démangent un peu l’âme. L’homme croise de belles dames en longs manteaux.&lt;br /&gt;Aujourd’hui, il ne veut pas aller au travail — il se sent bien trop l’estomac aigre. Et les visages qu’il croise sont trop charmants : de jeunes femmes insouciantes, la tête haute, leurs mèches frivoles ; et de belles allumeuses, la jupe courte, les épaules ou le décolleté offert, le sourire promptement esquissé ; et des fiévreuses travailleuses, leurs vêtements stricts, la mine concernée, le maquillage soulignant tous les verrous du masque qu’on aimerait faire sauter pour voir ce qu’il y a derrière ; et même des lycéennes multicolores aux mots d’un autre monde.&lt;br /&gt;Une rencontre avec une jeune femme, au détour d’une rue — rencontre provoquée, incise romanesque dans la morne journée, conte de l’indicible pour les adultes —, voilà qui donnerait du relief à l’existence !&lt;br /&gt;Quentin se passe sur les lèvres un stick gras. Retarder le boulot, s’installer dans un café et espérer qu’il se passe quelque chose, c’est le lot commun des aspirants séducteurs, passifs, échoués sur le mince rebord d’une tasse, vite rejetés par la marée des cadres vers le vaste horizon d’un plein océan de papiers, pauvres demi-loups qui ne sont pas d’authentiques requins. Il s’installe près d’une fenêtre et commande à une serveuse — insuffisamment belle — un café allongé. — Bien allongé, tient-il à ajouter, perversement. Quentin rougit de son audace envers une femme qu’il ne désire pas même.&lt;br /&gt;C’est l’inattendu qui arrive, c’est l’inattendu qui arrive. Il s’approprie la phrase, tournant son café. Et voici qu’il remarque une jeune femme habituée du bar ; elle s’installe au comptoir, lui jette un œil au-dessus de son journal et ses yeux semblent lui sourire. Il ne va jamais dans ce café avec sa femme — au fond de sa poche, son éventuelle alliance brinqueballe et fait des galipettes ; son menton se parsème d’infimes poils de loup. Quentin se saisit de sa tasse et s’approche en une élégante circonvolution, ses noirs sourcils envoient des signaux codés à la belle proie et hypnotisent. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— Je vous paie votre consommation, lui promet-il en guise d’approche.&lt;br /&gt;— Merci. Ce sera un grand crème.&lt;br /&gt;— Un grand crème pour la dame, fait Quentin à la serveuse derrière le comptoir. Je m’appelle Quentin, se tournant vers sa proie.&lt;br /&gt;— Solenne.&lt;br /&gt;Elle porte une impression de légèreté qui donne de l’allant à l’interlocuteur. Les cafés se consomment lentement. Il s’excuse, le temps d’envoyer un SMS à son ennuyeux collaborateur.&lt;br /&gt;— On peut se retrouver ?&lt;br /&gt;— Demain soir, même endroit ?&lt;br /&gt;Qui a demandé à revoir l’autre, ce n’est pas très intéressant : qui est le loup, la louve ? — ce qui se cache dans l’ombre d’un élan vers l’autre est plus intriguant.&lt;br /&gt;Lorsqu’il retrouve sa compagne, le soir, il se sent un idiot. Il n’y a qu’à faire l’amour maintenant, là où il se trouve. Mais il se sent préoccupé par le travail qui n’a pas avancé et elle s’angoisse d’une amie proche mourante et la fornication passe comme un scrupule dont on essaie bien vite de se débarrasser.&lt;br /&gt;Le lendemain soir, après le bistrot, il appelle sa compagne pour dire qu’il restera tard au travail. Il dit à Solenne qu’il devra rentrer avant minuit pour sortir son chien. Il se sent un instant très con mais cela finit vite quand il embrasse Solenne.&lt;br /&gt;C’est nouveau. Cette femme a le pouvoir de faire disparaître les soucis.&lt;br /&gt;Faisant l’amour, il pense une ou deux fois à sa compagne, et c’est agréable pour une fois de penser à sa femme en couchant avec une autre ; il jouit bien, pas de différence dans la jouissance, si ce n’est des sens et une pensée extrêmement confus qui s’emparent de lui. Les magnétismes de pensée tourbillonnent en lui : plaisir, apaisement, culpabilité, colère, anxiété, joie, orgueil, tristesse — impossibles à débrouiller.&lt;br /&gt;— Vous revoir, Solenne, bientôt. Vous me plaisez ! &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;— À bientôt Quentin. Tu es très beau. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le changement, la nouveauté, la facilité d’une rencontre, l’équilibrisme d’une vie pleine de désirs : son cœur explose dans la nuit et éclabousse les murs d’un rouge plein de vie. Solenne ! Son cul splendide et sa chair volontaire.&lt;br /&gt;La marche jusqu’à l’appartement, l’escale dans un bar, à la bouée d’une bière, pour que la fatigue paraisse plus naturelle, et bien vite le sentiment qu’on gâche sa vie à se borner au couple, à l’exiguïté du lit conjugal et aux mensonges, et dans la même soirée, ou peut-être le lendemain, Quentin montre les crocs et dévoile son caractère sauvage. Il accuse son couple d’être un simulacre. Sa compagne se fâche : Katia est échevelée comme il ne l’a jamais vue — de quoi le dégoûter définitivement d’elle. Le pauvre loup s’en détourne comme d’une charogne et s’enfuit sous les assauts de la crise, dans la nuit, coucher quelques jours dans la tanière d’un copain.&lt;br /&gt;Rien que du déjà vu, un vieux conte qui a fait plusieurs fois le tour de la Terre.&lt;br /&gt;Puis Quentin retrouve Solenne. Il prend possession des lieux, s’installe. Elle l’accepte tel qu’il est : un couillon de loup des rues. Elle n’écoute pas ses explications maladroites — le chien, les affaires provenant de son ancien appartement, une autre ?... C’est mieux : c’est plus simple et plus facile. Entre deux effusions sexuelles, le travail reprend ses droits.&lt;br /&gt;Et un soir, Quentin s’effondre en pleurs : trop de souvenirs. La légèreté de Solenne ne pèse plus rien dans l’esprit de Quentin. Le visage un peu douloureux et grave de Katia, traversé d’éclairs de joie — son visage charismatique, expressif — jaillit comme une source et emplit la gorge et les yeux de Quentin. Le loup entonne sa plainte si triste pour se soulager la gorge. La nuit, après l’amour, il se sent seul — il dort en chien de fusil. Pas de divorce, il n’était même pas marié ; l’alliance dans sa poche n’existait pas — une histoire pour se donner plus d’épaisseur. Que reste-t-il à vivre quand on trouve sa conquête fade et sans autre intérêt que sa légèreté. Et peut-on compter sur elle ?&lt;br /&gt;Le pauvre loup est allé trop loin de son territoire, trop loin dans le Grand Nord, il a suivi une louve blanche, un fantôme, et il se retrouve seul sur une terre glacée. Sa gorge est un nœud dans lequel les veines palpitent de passions déchues. Les aurores boréales ondulent un instant sous ses yeux. Il a froid ; il se lève, va fermer la fenêtre où les rideaux s’agitent dans le vent ; il s’avance à pas de —, indécis, jusqu’à ce lit qui n’est pas le sien. Déjà un vieux loup solitaire.&lt;br /&gt;Il le sait, il verra d’autres yeux, d’autres seins, d’autres dos, d’autres clavicules, d’autres fesses, d’autres jambes, d’autres genoux, d’autres pieds, d’autres ventres, d’autres hanches, d’autres vulves, d’autres joues, d’autres sourires, d’autres regards, d’autres bouches, d’autres tempes, d’autres cheveux, d’autres cous, d’autres bras, d’autres mains, d’autres ongles ; il entendra d’autres voix, d’autres rires, d’autres scandales, d’autres murmures, d’autres paroles ; il goûtera et sentira d’autres parfums, d’autres peaux ; tout cela est d’une banalité confondante.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://b3.ac-images.myspacecdn.com/01457/32/04/1457134023_l.jpg"&gt;&lt;img style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: pointer; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://b3.ac-images.myspacecdn.com/01457/32/04/1457134023_l.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-1029393937034756719?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/1029393937034756719/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=1029393937034756719&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/1029393937034756719'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/1029393937034756719'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/03/comme-un-loup.html' title='Comme un loup'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-8945781731057662245</id><published>2008-01-29T18:05:00.003+01:00</published><updated>2008-08-27T14:31:20.167+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Textes fondateurs'/><title type='text'>Rêve de poètes</title><content type='html'>&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Rencontre entre deux poètes.&lt;/span&gt;  &lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L’un &lt;/span&gt;: « gratter la terre des sédiments de savoir »&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L’autre&lt;/span&gt; : «  gratter au ciel la fidélité des féaux. »&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-8945781731057662245?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/8945781731057662245/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=8945781731057662245&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8945781731057662245'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/8945781731057662245'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/01/rve-de-potes.html' title='Rêve de poètes'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-7637163537019002999</id><published>2008-01-29T17:37:00.005+01:00</published><updated>2008-08-27T14:32:17.764+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='contes du désir'/><title type='text'>Le Membre fantôme</title><content type='html'>&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;i&gt;C’est au bar &lt;/i&gt;Le Dallery&lt;i&gt; dont il est question dans ce récit qu’un policier s’est confié à moi. De son histoire, voici une simple transcription que j’ai établie d’après enregistrement.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/i&gt; &lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Cette histoire commence légèrement. Elle est pourtant tragique, terriblement sérieuse. Tout s’est passé en quelques jours, je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qui nous est arrivé.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Xavier Tourilli était lieutenant de Police. Un des dossiers qui traînaient dans notre bureau ces derniers temps était dévoué au mystérieux « IS ». &lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;I. S.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Comme le « is » qui en anglais peut effectivement dévoiler l’identité, sauf qu’on avait choisi cet identifiant par défaut, parce qu’on ignorait l’identité de notre individu. Nous le prononcions comme la cité d’Ys. Je fais des citations, comme ça, pour vous montrer qu’on n’est pas incultes, dans la Police.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Pour dévoiler tous les éléments de l’enquête, celui que nous appelions « IS » était un graffeur insaisissable qui sévissait dans toute l’agglomération parisienne. Nous le nommions ainsi car il avait la particularité d’ajouter « is mort » sur toutes les affiches de Jean-Marie Le Pen, en reproduisant parfaitement le lettrage publicitaire. Remarquant la technique systématiquement utilisée par le fautif, le pochoir, nous avions déduit qu’il s’agissait sinon d’un individu isolé, du moins d’un groupe d’individus qui partageaient le même objectif et la même esthétique. N’allez pas croire qu’on perd notre temps à rechercher les coupables de ces idioties. Ce dossier recensait simplement les occurrences des actes de vandalisme, particulièrement nombreux dans le 11&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement où l’on travaille ; il attendait effectivement qu’on mette la main sur le coupable au hasard d’un flag pour étayer les accusations. Xavier l’avait ressorti, le dossier, parce qu’on avait recensé de nouveaux actes de graffeurs, mais cette fois-ci, c’était notre président sortant qui en était la cible. Ces types accolaient « -zi en berne » à son nom. De même, les affiches de François Bayrou étaient-elles dûment complétées par « -te molle ». Il y avait une soudaine recrudescence des actes de vandalisme, et la technique de pochoir coïncidait, effectivement ; il s’agissait, donc, &lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;vraisemblablement, des mêmes individus. Je puis affirmer qu’ils étaient plusieurs si l’on en juge par le grand nombre d’actes de dégradation. Ce qui m’a semblé étrange, effectivement, c’est que le trouble de Xavier a commencé à ce moment, avec ces blagues ridicules qui rendaient impuissants, par la seule magie de quelques lettres ajoutées à leur nom, des hommes politiques détestés.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Un bon gars, Xavier, ça faisait trois ans qu’on travaillait ensemble au commissariat central du 11&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris, sis 10/14 passage Charles Dallery – tous les deux en tant que lieutenants de Police à la direction de la police urbaine de proximité. On s’entendait bien. On se lisait nos rapports et on se corrigeait mutuellement. Dans le bureau, on s’écoutait des vieux disques de Ben E. King ou du rock des années 60. Et puis Xavier était beau : un grand gaillard au visage simple et aux traits gentils. Pour moi ça simplifie le contact ; si mon interlocuteur est beau, effectivement, c’est toujours plus facile de lui parler.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Moi, je suis peut-être une trop bonne poire… Xavier me racontait tout. J’étais son confident. Tiens, c’est drôle : je te dis « confident » et j’imagine un bon confit, qui fond sous la dent. Une bonne pâte, en somme. Le couple de Xavier, pour moi, c’était une histoire qui roule. Sa femme était une belle femme, un peu grasse, vraiment appétissante. Ils n’avaient pas encore eu d’enfants. Bref.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Et puis voilà, un soir, c’était le même soir, non, ce que je veux dire, c’était il n’y a pas longtemps, bref, on quitte le travail ensemble et il me propose de boire un coup au bar le Dallery. Là, on s’enfile deux demis. Il commence abruptement :&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 36pt; text-indent: -18pt; text-align: justify;"&gt;— Ça t’intéresse la philo ?&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 36pt; text-indent: -18pt; text-align: justify;"&gt;— Je ne suis pas spécialiste dans ce domaine, pourquoi ?&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Non, parce que je réfléchissais à un truc : Dieu, selon moi, c’est le principe naturel. Je veux dire que je fais la différence avec les croyants pour qui Dieu est le principe de toute puissance. Moi, je suis athée, donc la seule chose en laquelle je peux croire, c’est que Dieu, c’est la nature, c’est la loi naturelle.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 36pt; text-indent: -18pt; text-align: justify;"&gt;— Ouais, effectivement…, je lui dis.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Alors, de ce point de vue là, effectivement, on ne peut pas dire que l’homme réussissant à créer un être vivant complexe se veut l’égal de Dieu ; il lui est carrément supérieur.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Et pourtant, l’Homme, ce n’est qu’un petit bout de nature, on est quand même le fils de Dieu…&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Oui, enfin ce que je veux dire, c’est que le docteur Frankenstein, il crée un être vivant avec des cadavres, il est carrément supérieur à Dieu…&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;C’était agréable qu’il me parle d’autre chose que du boulot. Et puis il en est venu à me raconter un rêve récurrent :&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Je fais un rêve un peu idiot, ça fait plusieurs fois que je fais le même, ouais, tu vois ça fait quelques jours que ça m’a pris, et ça revient, tu vas voir, c’est bizarre, ça va te faire marrer, je pense… je suis dans un laboratoire. Sur les murs, il y a plein de posters qui représentent des sexes malformés, malades – recroquevillés, purulents – et là, devant moi, il y a une jolie laborantine qui me demande si mes expériences fonctionnent. Elle a une blouse blanche, elle est nue là-dessous, effectivement, et puis elle a un air assez peu équivoque qui me met en confiance. Alors je baisse mon pantalon, et voilà, je découvre mon érection, mais c’en est ahurissant : effectivement, mon sexe me monte presque jusqu’au menton. Il palpite comme le pouls d’un lapin. La laborantine me félicite, m’empoigne, se plaque contre moi, m’embrasse à pleine bouche ; et là nous nous unissons dans un mouvement d’une limpidité parfaite, nous atteignons des félicités inhumaines. Je me sens fier, mon cœur tambourine ; je le sens résonner au bout de mon sexe, contre le cœur de ma laborantine…&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 36pt; text-indent: -18pt; text-align: justify;"&gt;— Eh bien ! Effectivement !&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;J’étais un peu honteux, j’avais peur qu’une oreille traînant dans le bar ait saisi la conversation de Xavier. D’autant qu’on était connus comme étant du commissariat. Le patron ne manquait pas de nous donner du « bonjour m’sieur l’inspecteur ! ». &lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Il y avait une femme qui souriait plus que de mesure, derrière un livre ; j’étais sûr qu’elle avait tout entendu.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Enfin, Xavier semblait vouloir me dire quelque chose, mais il se retint. Je veux dire que ça se voyait vraiment.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Je suis rentré à pied chez moi. Je remâchais un peu les étranges pensées de Xavier. Il m’avait annoncé un rêve supposé me faire rire. Mais il l’avait raconté d’une voix triste ! Oh, d’une tristesse ! J’ai pensé qu’il avait peut-être des soucis dans sa vie sentimentale. Moi, je suis célibataire. Alors, quand je me suis trouvé seul dans mon lit, j’ai continué à cogiter là-dessus. Dans ma formation de flic, j’avais pris quelques cours de psychologie. Je m’étais un temps plongé dans l’interprétation des rêves… Je ne prétends pas donner ici une analyse aussi pertinente que celle du &lt;i&gt;Double assassinat de la rue Morgue&lt;/i&gt;… Bref, j’avais lu que les rêves que nous faisons sont souvent une forme de compensation. Je me suis dit que ce rêve de sexe énorme, ça devait compenser une peur naissante de l’impuissance. Après, effectivement, je suis parti sur des souvenirs plus personnels. Mais déjà, il me semble que j’avais perçu quelque chose du rêve de Xavier ; son récit était comme un appel à l’aide. Puis le fil de mes pensées est revenu sur les posters du laboratoire de son rêve, avec les sexes malades. Immédiatement, j’ai associé cela à nos affiches du mystérieux « IS ». Je me demandais jusqu’à quel point Xavier avait été touché par ce message. Il y avait comme une mystérieuse résonance entre les mots, l’affaire politique et l’impuissance soudaine de Xavier. Impossible pour moi de démêler cela, de comprendre les causes et les effets.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Le lendemain, Xavier ne vint pas travailler. Il me téléphona au bureau, me dit qu’il s’était fait arrêter par son médecin quelques jours. Il invoqua un virus qui le fatiguait terriblement.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Le soir même, je m’installai pour prendre un demi au bar le Dallery. Je remarquai la femme de la veille. Je m’assis à côté d’elle. Elle posa son livre, un livre chinois, je crois. Elle me regarda et dit : &lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Tiens !&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Je m’engageai maladroitement :&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Je suis confus. Excusez-moi de vous déranger. Je me demandais si la conversation, hier, de mon ami vous avait gênée.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Non, ça m’a amusée. Il me semble que ça doit être rare, deux flics qui parlent de cul sur ce mode-là.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Je ris un peu, faussement décontracté. Effectivement, elle avait tout entendu. Elle me demanda de lui payer un cognac. Je m’exécutai. Ma première intention n’était pas très noble, effectivement : je cherchais juste à rassurer ma gêne en me présentant à elle sous un jour plus favorable. J’ai eu tout loisir de me rendre compte que ce n’était pas mon seul motif à mesure que je la regardais et qu’elle me plaisait davantage. &lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Pendant une semaine je la retrouvai chaque soir, sur la même banquette, dans le même coin du bar. Sandra. Elle penchait la tête sur le côté quand elle riait pour que je pusse découvrir son cou, sa clavicule et la ligne de son menton. Mon objectif dès lors est devenu plus clair : je devais au plus tôt l’embrasser et l’entraîner chez moi.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Ce fut elle – effectivement – qui me demanda de l’embrasser. Ce fut elle – effectivement –qui me demanda où j’habitais, qui fit la remarque que ce n’était pas loin de chez elle et qui m’accompagna jusqu’à mon appartement. Ce fut elle – effectivement – qui sortit une boîte de préservatifs de son sac à main.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 0cm; text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;— Je suis complètement schlasse, a-t-elle dit. Mais je sais très bien ce que je fais. Ne vous en faites pas, j’en ai vraiment envie…&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Pour le coup, je me suis senti un peu anxieux. Je ne savais si je serais à la hauteur des attentes d’une telle femme. On s’est déshabillés mutuellement en se couvrant de baisers. Elle me laissait perplexe de tant d’initiatives et je craignais que cela éteignît mes sens. Un court instant, j’ai pensé aux hommes politiques, à leur érection flasque. Et alors, c’est bizarre, je me suis senti envahi d’une puissance inouïe, d’un désir immense pour cette belle femme. Mais ce désir avait peut-être été provoqué par la sensation de sa langue effleurant la mienne. Au moins, me disais-je, je n’ai pas le même problème que Xavier. Je pensai à Xavier, à sa peine à faire l’amour, j’imaginai son visage désabusé et alors tout s'assoupit : plus de feu dans mes épaules, plus de source sourdant dans mon bassin, plus de petites fées sur mes lèvres, rien qu’une sensation charbonneuse au fond de la bouche, le goût du vulgaire rouge à lèvres de Sandra, la femme du bar. Plus de magie. Et le silence accusateur, presque le doigt de Sandra pointé sur une aberration de la nature.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Soudain, elle a ri. Elle s’est mise à rire follement, gaiement. Elle m’a embrassé, elle m’a poussé sur le lit, folle de joie ; elle voulait jouer à me chatouiller, et elle essayait de me pincer et de me mordre. Elle riait, et je la détestais dans la bataille, d’une haine violente. J’en aurais gueulé sur elle. Mon cœur chavirait sous toutes les émotions. Quand nous fûmes harassés, alanguis, on s’est couchés côte à côte. &lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Au petit matin, je sentais sa cuisse contre la mienne… douce, insistante, prometteuse.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Bref. En fait, le drame est arrivé pendant que nous prenions le petit déjeuner.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Le téléphone a sonné. C’était la femme de Xavier. Son mari était mort, criait-elle entre deux crises de nerfs. Elle implorait que je vienne l’aider immédiatement. Je me suis habillé en hâte, j’ai traversé le square, ai monté précipitamment les étages, la gorge nouée.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: center;"&gt;&lt;img src="http://1001bandits.free.fr/storage/electrique.jpg" width="250" align="middle" height="388" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Xavier était étendu sur le dos dans son lit, pâle, les yeux absents, les bras d’une mollesse crémeuse ; par contre, son sexe érigé, vivant, d’une turgescence vibrante, faisait crépiter l’atmosphère. Dans mon crâne endolori flottaient des particules incandescentes ; je les voyais par intermittence dans la pénombre mortuaire.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="margin-left: 36pt; text-indent: -18pt; text-align: justify;"&gt;— C’est lui qui m’a demandé… C’est lui, pleurait sa femme dans un coin.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;En m’approchant, je découvris, effectivement, des traces de strangulation sur le cou de Xavier.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;Je ne pouvais pas l’aider, sa femme. Une procédure est engagée contre elle, pour homicide involontaire.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;Voilà, bref, maintenant je vois souvent Sandra. Elle a un caractère détestable. Nous n’arrêtons pas de nous disputer.&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-indent: 18pt; text-align: justify;"&gt;En manière d’épilogue à ce moment douloureux de mon existence, je peux te dire une dernière chose : nos gardiens de la paix ne relèvent plus de nouveaux rapports sur l’activité du mystérieux groupe de taggeurs qui a semé le trouble pendant les élections.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-7637163537019002999?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/7637163537019002999/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=7637163537019002999&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/7637163537019002999'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/7637163537019002999'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/01/le-membre-fantme.html' title='Le Membre fantôme'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-3524435446482519452</id><published>2008-01-27T22:10:00.002+01:00</published><updated>2009-06-18T18:16:50.000+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Paris'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Poésie'/><title type='text'>Les Poseurs de Paris</title><content type='html'>&lt;?xml:namespace prefix = o /&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt; &lt;p class="MsoNormal"&gt;Marre de Paris !&lt;br /&gt;Les poètes déraillent…&lt;br /&gt;« Le vieux Paris »,&lt;br /&gt;La main sur le poitrail&lt;br /&gt;Citons, citons,&lt;br /&gt;La liste s’agrandit&lt;br /&gt;C’est pas la météo, non,&lt;br /&gt;Mais c’qu’on s’ennuie !&lt;br /&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal"&gt;Communs :&lt;br /&gt;La butte aux cailles,&lt;br /&gt;Le canal Saint Martin,&lt;br /&gt;Le quartier latin,&lt;br /&gt;Montmartre et le père Lachaise !&lt;br /&gt;Les rades de Belleville,&lt;br /&gt;Ceux de la place de Clichy,&lt;br /&gt;Et les claques où qu’on baise !&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;Marre de Paris !&lt;br /&gt;Les poètes déraillent…&lt;br /&gt;« Le vieux Paris »,&lt;br /&gt;La main sur le poitrail&lt;br /&gt;Et ron et ron…&lt;br /&gt;La liste s’agrandit&lt;br /&gt;C’est pas la météo, non,&lt;br /&gt;Mais c’qu’on s’ennuie !&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;Du vieux temps c’était joli !&lt;br /&gt;On nous sort Bardamu&lt;br /&gt;Sous un ciel gris.&lt;br /&gt;Et l’argot ! tout ému,&lt;br /&gt;Le poète… Paname !&lt;br /&gt;La rime est facile : « pâme » !&lt;br /&gt;Ceux de maintenant slamment,&lt;br /&gt;Pas mieux les poseurs de tout crin !&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;Marre de Paris !!!&lt;br /&gt;Les poètes déraillent !!!&lt;br /&gt;« Le vieux Paris » ?!&lt;br /&gt;La main sur le poitrail !&lt;br /&gt;Citons, citons, citons…&lt;br /&gt;Et la liste s’agrandit.&lt;br /&gt;C’est pas la météo, non,&lt;br /&gt;Mais pfou ! c’qu’on s’ennuie !&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;A pied je voudrais traverser Paris :&lt;br /&gt;Campagne, de part en part, Paris,&lt;br /&gt;Puis la campagne…&lt;br /&gt;La ville s’agrandit. Question de survie.&lt;br /&gt;Eh... Qu’y peut-on ?&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-3524435446482519452?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/3524435446482519452/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=3524435446482519452&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/3524435446482519452'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/3524435446482519452'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/01/les-poseurs-de-paris.html' title='Les Poseurs de Paris'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-6839803015499695198</id><published>2008-01-27T12:08:00.002+01:00</published><updated>2008-08-27T14:29:57.175+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Derim'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit de voyage'/><title type='text'>Dérim -2- Les quatre vieux bonshommes de Talava</title><content type='html'>Réintégrés dans notre dignité vestimentaire, nous nous laissâmes conduire par les quatre vieillards. Un jeune aveugle tenait l’un de ces vieillards par la manche. Il s’adressa à nous dans une langue étrangère que nous comprîmes, Oscar et moi. Je lui répondis spontanément dans cette langue. « Vous êtes du gouvernement ? », nous demanda-t-il.&lt;br /&gt;Nous ne voyions pas ce qu’il voulait dire. Il désigna nos vêtements et les jugea très étranges, excentriques. « Je m’appelle Milo , se présenta-t-il. Je suis heureux que vous ne soyez que des étrangers perdus. »&lt;br /&gt;Cette langue que nous utilisions et comprenions par une étonnante prescience linguistique était celle que tout le monde parlait sur Derim, nous apprit-il.&lt;br /&gt;« Nous sommes sur une île ?, demanda Oscar.&lt;br /&gt;– Une grande île. Elle fait huit mille neriss. »&lt;br /&gt;Par notre prescience linguistique, Oscar et moi évaluâmes simultanément : plus d’un tiers de notre France.&lt;br /&gt;« Si vous le voulez bien, je serai votre guide, dit Milo. Les vieux vont vouloir vous accaparer un peu. Ils sont braves et faciles à amadouer. Louez la qualité des perles de Talava, dites-leur que vous admirez notre jolie baie ; parlez avec des gestes mesurés et de la gentillesse dans la voix. Quand ce sera terminé, je vous emmène voir des amis et, promis, je vous apprends tout ce que je sais ! »&lt;br /&gt;Les maisons étaient à un ou deux étages, adoptaient des formes approximatives, proposaient aux enfants joueurs un véritable labyrinthe de terrasses. La blancheur des murs éblouissait. Du linge claquait sur toutes les terrasses, aux fenêtres et deux grandes pièces de tissu tenaient lieu de porte à chaque maison – Milo nous les désigna du nom de ghindrès. Ces ghindrès sont parfumés, chaque famille mettant au point son parfum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous passâmes près d’un atelier de verrerie. Par une fenêtre, je pus voir la large et tournoyante boule orangée du verre sous l’action du verrier.&lt;br /&gt;Nous parvînmes par un lacis de ruelles à une grande demeure abritant une colonie de personnes de tous âges. L’on s’installa dans la plus grande pièce, les quatre vieillards et quelques jeunes dont Milo d’un côté, Oscar et moi-même de l’autre. Il faisait sombre et frais. Oscar se déchaussa et fit circonvoluer ses orteils dans la fraîcheur, délimitant un petit périmètre agréable autour de ses pieds ; ne constatant aucune gêne chez nos hôtes, je l’imitai avec bonheur. Le sol était couvert de carrés d’un genre de paillasse douce comme des cheveux.&lt;br /&gt;Milo, traduisant la parole des aïeuls nous expliqua que nous nous trouvions dans la demeure de l’une des principales familles de Talava, par le nombre. Les quatre vieillards, issus de quatre familles réputées, représentaient les qualités de Talava : la chance, la maîtrise des contraires (le feu et l’eau), l’astuce et la joie. Quand les villageois avaient besoin d’un conseil et que leurs amis s’en tenaient à des réponses oiseuses, ils allaient voir le vieil homme qu’ils estimaient le plus qualifié. Chaque vieillard se présenta en se redressant et se mettant à genoux, le poitrail largement exhibé.&lt;br /&gt;Jélémre ob Talava-mésté (de la branche Talava-mesté), le premier de ces vieillards, était notre hôte ; c’était lui qui représentait la chance. Nous notâmes que c’était également lui qui portait le plus de décorations de perles et de verroterie multicolore. Il avait une superbe toison grise qui lui tombait sur les épaules, garnie comme un sapin de noël de petites guirlandes de perles de verre. Une minuscule perle rose lilaliou tenait en équilibre au dessus de son sourcil gauche. Une double rangée de colliers multicolores entourait son cou. C’était véritablement Papa-porte-bonheur – son surnom Enoli-soun l’attestait. Tous les pêcheurs de poisson et de perles le vénéraient.&lt;br /&gt;Molek ob Talava-firké, assis à sa droite, avait une mine envoûtante dans une minuscule tête chauve. Ses yeux se cachaient derrière deux paupières épaisses comme des fesses de bébé. C’était le maître du feu et de l’eau, le maître des artisans verriers. Il nous montra fièrement, suspendue à son cou, une sphère de verre jaune renfermant deux sphères rouge et bleu.&lt;br /&gt;Kimol ob Talava-menké, le suivant, ne portait strictement aucun signe distinctif, il prenait soin de chacun de ses gestes et ne s’ornait que d’un léger sourire qui passait sur son visage en intelligence avec ce qui se disait. Ses vêtements étaient uniformément blancs. Il représentait l’astuce, et il devait en avoir à revendre. C’était lui qui s’occupait du commerce, des relations avec les villages cousins de Talava ; c’était lui également que les familles d’un mort venaient voir, afin qu’il les aide à trouver les mots qu’ils adresseraient aux dieux.&lt;br /&gt;Lébi ob Talava-léi, le dernier, avait des tatouages inquiétants sur les bras et une perle à chaque oreille. Il parlait fort et faisait de nombreuses blagues qui faisaient pleurer de rire toute l’assemblée. Il se présenta ainsi en ces termes : « Je suis Lébi de la branche Talava-léi ; et il semble que je doive être le dernier à me présenter, comme le poisson Acréni, le plus petit des poissons. » Hilarité générale ; nous nous efforçâmes de trouver cela drôle, Oscar et moi. « Si même les étrangers ont entendu parler d’Acréni, c’est que le plus petit des poissons peut franchir des montagnes, et viser si juste qu’il tombe dans les oreilles des plus bienveillants. » Ils partirent d’un surplus de rire extrêmement contagieux. Et quand, par-dessus, le volume sonore, Milo parvint à nous traduire ce que Lébi avait dit, Oscar et moi nous prîmes à rire de fort bon cœur. « Il fait une blague incompréhensible et après il se fout carrément de notre gueule, riait Oscar. Ah ! l’excellent bonhomme ! Et il sait faire passer le tout en compliment. » Inutile d’ajouter que Lébi représentait la joie. Inutile de dire également qu’il n’était pas le moins sollicité des dignes aïeuls.&lt;br /&gt;Ce fut également Lébi qui mit fin aux palabres, arguant que la patience des étrangers ne devait qu’être raisonnablement mise à l’épreuve. Kimol proposa que Milo nous présentât plus tard leurs dieux, qui valaient la peine d’être connus.&lt;br /&gt;Au grand bonheur d’Oscar, ils nous proposèrent ensuite de fumer. Il pourrait fumer n’importe quel tabac bitumineux ! Moi qui n’aime que les tabacs délicats, aux arômes de miel ou de vanille, je craignais le pire. Mais ce fut un moment très léger, seulement interrompu par les bourdonnements des mouches. Pas un mot ne fut échangé tandis que les volutes pâles emplissaient la salle obscure.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-6839803015499695198?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/6839803015499695198/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=6839803015499695198&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6839803015499695198'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/6839803015499695198'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/01/carnets-de-louis-butin-2.html' title='Dérim -2- Les quatre vieux bonshommes de Talava'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4332163303943758597.post-4557627202516272019</id><published>2008-01-27T12:04:00.003+01:00</published><updated>2008-08-27T14:29:44.822+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Derim'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit de voyage'/><title type='text'>En visite sur l'île de Dérim -1- Premiers pas en contrée étrangère</title><content type='html'>&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Accompagné des aventuriers Oscar Braque puis Augustin Roussette ; des coutumes qu’il y observa et des hommes qu’il y rencontra&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Premiers pas en contrée étrangère&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est d’un buisson que nous sommes sortis en Dérim, Oscar et moi.&lt;br /&gt;Me retournant et constatant la forme singulièrement ramassée du buisson, je fis la remarque que Dieu avait parlé à Moïse par un buisson semblable. Quant à notre rôle ici, nous ne venions pas pour prêcher, mais pour regarder, noter et témoigner par la suite de ce que nous verrions dans cet autre monde.&lt;br /&gt;Oscar m’arrêta : « le buisson, c’est un symbole sexuel…&lt;br /&gt;– Nous sommes nés à ce monde dans un buisson…&lt;br /&gt;– Oui, mais je pensais au buisson qui parle… Ca rappelle certains films érotiques des années 70 à l’intrigue vaguement métaphysique – tu vois le genre... »&lt;br /&gt;Alors que je l’enjoignais au sérieux, Oscar émit une assertion qui n’admettait pas de réplique : les gens d’ici, notre culture judéo-chrétienne, ils n’en auraient rien à faire.&lt;br /&gt;« En tout cas, ajouta-t-il, si je vois la moindre trace de magie tape-à-l’œil, le moindre bout d’oreille d’elfe ou un énième phantasme de société post-Jules Verne, je retourne dans le buisson et je te laisse t’amuser tout seul.&lt;br /&gt;– Mais non, je sens que ça va être différent.&lt;br /&gt;– J’espère… En tout cas, purée… il fait chaud ici… Par contre… s’il pouvait y avoir des animaux bizarres, ouais, ça pourrait me botter. »&lt;br /&gt;A la vérité, il s’agissait plus du plaisir de bavarder et de laisser notre imagination nous guider que d’entreprendre un voyage d’étude. Nous marchâmes un peu sur des collines parfumées de nombreuses herbes aromatiques. Ca sentait presque le midi de la France. On avait chacun un petit baluchon contenant du linge de rechange et une brosse à dents. Il flottait sur les collines une odeur de fumée qui ouvrait l’appétit, et l’air marin ! derrière la ligne des collines, elle devait être là, la mer ! Ca faisait quelques heures que nous marchions, et je sentais cet air, et j’entendais la lointaine respiration de la mer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Bon sang, j’ai la dalle, dis-je.&lt;br /&gt;– Bof, ça peut attendre. On n’a rien à bouffer, de toutes façons. »&lt;br /&gt;Je suis toujours le premier à parler de repas. Avec Oscar, l’autre est toujours le premier à parler de nourriture ; cet homme est un ascète, et il n’est pas facile de se le coltiner. Si je l’écoutais, un seul repas suffirait à la journée… J’étais là de mes récriminations quand l’horizon s’ouvrit plein sous nos yeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une mer d’un bleu pur scintillait à l’infini et déroulait son mouvement de droite à gauche, les vagues se chevauchant et moutonnant sous l’effet d’un vent doux et puissant. Un peu d’écume pâlissait la côte aux teintes de vert tendre et de jaune, rehaussées du rose de petites fleurs. Les collines plongeaient dans la mer selon les lois d’une harmonie plaisante à l’œil.&lt;br /&gt;« Et regarde là-bas, il y a une colline sur la mer, semble-t-il. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous approchâmes pour voir un spectacle naturel original et découvrîmes les premiers éléments de vie : la colline sur la mer était reliée au continent par une bande de terre et fermait une anse dans laquelle s’étageait une petite ville blanche. Ce type de collines qui empiètent sur le domaine marin, on les appelle des mornes, aux Antilles – rien de morne pourtant dans cette rotonde et verte montagne posée sur une frémissante peau bleue écaillée de soleil. Des pontons s’étendaient sur l’eau calme de l’anse et de petites embarcations paressaient sur l’étendue turquoise. Des nageurs s’égayaient dans l’eau qui semblait pur bienfait.&lt;br /&gt;« Bon, eh bien on va commencer par se baigner », fut l’immédiate réaction d’Oscar.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous traversâmes le village sous les yeux des incrédules qui lançaient « Ehn seq réh ouren !? – Ne tschad ! – Ne tschad ! » (c’est qui ceux-là ? – Je ne sais pas ! – Je ne sais pas !)&lt;br /&gt;Parfaitement à son aise dans cet environnement étranger, Oscar se mit en caleçon et piqua une tête dans l’eau. Je me trouvai un moment désappointé d’avoir un caleçon fantaisie qui ne manquerait pas d’attirer les regards déjà excessivement portés sur nous. Qu’importe ! Oscar me promettait une eau délicieuse. Je me déshabillai et sautai.&lt;br /&gt;C’était mieux que toutes les promesses, un bienfait immédiat, la pure bénédiction d’une mer clémente et tempérée. Quand je revins à la surface, des nageurs souriants nous entouraient. « Soun hiji ! », nous clamaient-ils l’un après l’autre.&lt;br /&gt;Nous répondîmes « soun hiji ! ».&lt;br /&gt;« Eh ! », s’écrièrent-ils gaiement d’une seule voix. Et tandis que nous nagions, ils tiraient de leurs ceintures de natation des perles d’une beauté sidérante. « Lilaliou… Une perle. Fanelas ? Fanelas ? Tu achètes ? Tu achètes ? », demandaient-ils. Et nous essayions de profiter tant bien que mal de notre baignade en les repoussant docilement et en disant « Non. Non » comme deux imbéciles qui n’ont rien à faire là et qui ne parlent pas la langue des autochtones.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous allâmes nous échouer sur une petite plage de sable blanc qui s’étendait depuis la gauche des pontons. Des gars nous apportèrent les affaires que nous avions laissées sur les planches brûlantes. « On a du bol qu’ils soient sympas », émis-je. Leur peau était belle, entre le miel et l’olivâtre chez les jeunes, franchement tannée de soleil pour les plus âgés. Ils portaient tous des vêtements dont la principale couleur était le blanc, avec parfois quelques motifs géométriques colorés au bout des manches et au bas du pantalon. Là-dessus, un goût pour les colifichets de verroterie très prononcé : dans les cheveux, autour du cou, en bracelet… Plein de petites touches multicolores dans cette marée de blanc.&lt;br /&gt;M’adressant à eux et circonscrivant la ville du geste, je parvins à me faire dire le nom de la première ville où nous étions parvenus. « Talava », appris-je. De nombreuses personnes s’étaient rassemblées autour de nous, dont quelques jeunes filles fort belles. Ces dernières nous tendirent des brochettes de poisson grillé. Je leur montrais le poisson et demandais : « comment vous dites poisson ? C’est quoi ? C’est quoi ? »&lt;br /&gt;« Seqwah ? Seqwah ? » répétaient-ils en riant. « Ils se foutent de nous… », maugréa Oscar. J’insistai. Un homme finit par dire « oulissou ! » en montrant la brochette que je dépouillai de sa chair blanche légèrement aromatisée avec un genre de citron et des herbes.&lt;br /&gt;« C’est plutôt bon leur oulissou, commenta Oscar. Le goût est léger et simple. J’aime bien les saveurs simples. »&lt;br /&gt;Une agitation se fit devant nous et un assortiment de quatre dignes vieillards se ménagea une place dans l’assemblée qui nous entourait. Leurs yeux étaient plissés et ces doubles fentes devaient être de petits scanners pour analyser les intentions des étrangers. Une fois les poissons avalés, nous nous sentîmes émus de ce rassemblement.&lt;br /&gt;« Qu’est-ce qu’on fait ?, demandai-je.&lt;br /&gt;– On se rentre.&lt;br /&gt;– Déjà ?&lt;br /&gt;– Ouais, ça me lourde tout ce monde.&lt;br /&gt;– Non, on ne peut pas venir là, découvrir une nouvelle civilisation et plutôt que nouer contact et découvrir qui sont ces gens et de quoi ils vivent, piquer une tête dans leur mer et se carapater après avoir englouti leurs oulissous.&lt;br /&gt;– C’est vrai que ce n’est pas une attitude très honnête, mais nous sommes en caleçon devant une assemblée de plus en plus nombreuse.&lt;br /&gt;– Eh bien, je te propose qu’on s’habille, se lève et se laisse conduire par les plus sympathiques, proposai-je.&lt;br /&gt;– Oui, ça doit pouvoir le faire », se résigna Oscar.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;L'amas de Butin grossit.&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4332163303943758597-4557627202516272019?l=louisbutin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://louisbutin.blogspot.com/feeds/4557627202516272019/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4332163303943758597&amp;postID=4557627202516272019&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/4557627202516272019'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4332163303943758597/posts/default/4557627202516272019'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://louisbutin.blogspot.com/2008/01/carnets-de-louis-butin-1.html' title='En visite sur l&apos;île de Dérim -1- Premiers pas en contrée étrangère'/><author><name>Louis Butin</name><uri>http://www.blogger.com/profile/03251519151202729631</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://bp0.blogger.com/_E6Tdo1ArMYE/R5xdZpMAsKI/AAAAAAAAAAM/jW51prurpL4/S220/louisvignette.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry></feed>
