Là-dessus, entre un pépé avec un caddie à provisions vide. Il s’assoit à une table de la terrasse, où le soleil donne en biais.
— Le soleil commence à chauffer tôt, maintenant, dit-il à l’adresse d’Alessandro.
Puis, ses yeux s’habituant à la pénombre du local, il remarque Frank :
— Hoho, glousse-t-il. Forza Italia.
Frank et le barista échangent un regard significatif.
Alessandro propose une interprétation de ce regard :
— À un moment, ça va commencer à vous agacer qu’on vous prenne pour un fan de l’équipe italienne de football.
— Mon ami pourra venir m’aider, mais nous avons rendez-vous en fin de journée. Il va falloir que je patiente…
— Il va surtout falloir trouver une solution temporaire. À moins que vous aimiez qu’on vous remarque…
— Mon ami pourra m’acheter des vêtements…
— Je peux vous en prêter, d’ici-là, dit amicalement Alessandro.
Il lui semble être en plein rêve étrange : il vient de laisser une belle endormie, son corps est puissamment troublé par la nuit trop courte et trop intense, sans compter qu’il y a dans son bar un homme assez peu susceptible de s’être saoulé et de s’être réveillé vêtu d’un simple drapeau…
— Vous chaussez du combien ?, demande-t-il à Frank.
— Du 44.
— C’est parfait. Je vais demander à mon amie si elle peut amener ça ici.
— Ne la dérangez pas !, bafouille Frank.
— Non, c’est très bien : ça me donne une raison de l’appeler…
Mais il ne faudrait pas la réveiller trop tôt… Il n’est même pas encore huit heures.
— J’appellerai plus tard : une femme, si l’on veut s’attirer ses faveurs, il ne faut pas la réveiller trop tôt… Vous pouvez attendre un peu ?, demande-t-il à Frank.
— Bien sûr ! Vous me rendez un fier service. Merci pour tout, dit Frank, poliment.
Le temps déroule. Des clients s’installent en terrasse, qui ne remarquent pas l’homme-drapeau. Puis surviennent les habitués : ils s’arriment fermement au comptoir et enquillent les cafés, les bières et les petits blancs… Ceux-ci regardent Frank de travers : il vient rompre leurs tranquilles habitudes.
Quand enfin son horloge en inox indique les dix heures, Alessandro s’empresse d’appeler Adeline (et de vérifier par la même occasion si le numéro de portable qu’elle lui a donné est le bon). Un temps de doute, puis… ouf, c’est elle qui décroche, encore un peu endormie. Sa voix, son accent français, son maigre vocabulaire (presque enfantin) sont un enchantement à l’oreille. Il lui demande de bien vouloir descendre au bar un T-shirt et un jean, pour dépanner un ami. Et puis aussi la paire de chaussures de sport, les blanches, dans la cinquième boîte en partant du haut, dans le premier placard. Ah oui, et aussi si elle pouvait descendre les lunettes de soleil qu’il a oubliées sur le buffet, près de la photo de sa sœur, voilà… les Persol, celles en écaille.
Alessandro raccroche. Il se dit en lui-même qu’il aurait pu laisser monter le français afin qu’il puisse se changer immédiatement. Mais, par un mouvement de jalousie, il s’est refusé que ce bel homme (car il est plutôt belle gueule de gentil garçon, avec un zeste de négligence qui ajoute un peu de charme) s’introduise dans le petit appartement et se retrouve, entre Français, avec la splendide Adeline. Sa gêne lui coupe le sifflet et la parole un bon moment.
— Le soleil commence à chauffer tôt, maintenant, dit-il à l’adresse d’Alessandro.
Puis, ses yeux s’habituant à la pénombre du local, il remarque Frank :
— Hoho, glousse-t-il. Forza Italia.
Frank et le barista échangent un regard significatif.
Alessandro propose une interprétation de ce regard :
— À un moment, ça va commencer à vous agacer qu’on vous prenne pour un fan de l’équipe italienne de football.
— Mon ami pourra venir m’aider, mais nous avons rendez-vous en fin de journée. Il va falloir que je patiente…
— Il va surtout falloir trouver une solution temporaire. À moins que vous aimiez qu’on vous remarque…
— Mon ami pourra m’acheter des vêtements…
— Je peux vous en prêter, d’ici-là, dit amicalement Alessandro.
Il lui semble être en plein rêve étrange : il vient de laisser une belle endormie, son corps est puissamment troublé par la nuit trop courte et trop intense, sans compter qu’il y a dans son bar un homme assez peu susceptible de s’être saoulé et de s’être réveillé vêtu d’un simple drapeau…
— Vous chaussez du combien ?, demande-t-il à Frank.
— Du 44.
— C’est parfait. Je vais demander à mon amie si elle peut amener ça ici.
— Ne la dérangez pas !, bafouille Frank.
— Non, c’est très bien : ça me donne une raison de l’appeler…
Mais il ne faudrait pas la réveiller trop tôt… Il n’est même pas encore huit heures.
— J’appellerai plus tard : une femme, si l’on veut s’attirer ses faveurs, il ne faut pas la réveiller trop tôt… Vous pouvez attendre un peu ?, demande-t-il à Frank.
— Bien sûr ! Vous me rendez un fier service. Merci pour tout, dit Frank, poliment.
Le temps déroule. Des clients s’installent en terrasse, qui ne remarquent pas l’homme-drapeau. Puis surviennent les habitués : ils s’arriment fermement au comptoir et enquillent les cafés, les bières et les petits blancs… Ceux-ci regardent Frank de travers : il vient rompre leurs tranquilles habitudes.
Quand enfin son horloge en inox indique les dix heures, Alessandro s’empresse d’appeler Adeline (et de vérifier par la même occasion si le numéro de portable qu’elle lui a donné est le bon). Un temps de doute, puis… ouf, c’est elle qui décroche, encore un peu endormie. Sa voix, son accent français, son maigre vocabulaire (presque enfantin) sont un enchantement à l’oreille. Il lui demande de bien vouloir descendre au bar un T-shirt et un jean, pour dépanner un ami. Et puis aussi la paire de chaussures de sport, les blanches, dans la cinquième boîte en partant du haut, dans le premier placard. Ah oui, et aussi si elle pouvait descendre les lunettes de soleil qu’il a oubliées sur le buffet, près de la photo de sa sœur, voilà… les Persol, celles en écaille.
Alessandro raccroche. Il se dit en lui-même qu’il aurait pu laisser monter le français afin qu’il puisse se changer immédiatement. Mais, par un mouvement de jalousie, il s’est refusé que ce bel homme (car il est plutôt belle gueule de gentil garçon, avec un zeste de négligence qui ajoute un peu de charme) s’introduise dans le petit appartement et se retrouve, entre Français, avec la splendide Adeline. Sa gêne lui coupe le sifflet et la parole un bon moment.


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