De l’autre côté de la porte, c’est le silence.
Où aller ? Où fuir les regards ? Comment se tirer de là ?
Frank a faim et il a envie d’aller aux toilettes. Une impulsion : il est dans le couloir ; pas une âme, ouf ! Ses chaussures de tennis ne font aucun bruit sur la moquette ; il file à droite vers les toilettes les plus proches. Pourvu que personne de l’entretien n’y soit… Il entre. Le trolley de nettoyage stationne près des lavabos. Frank s’engouffre dans une cabine. Le siège est couvert d’un gel bleu à l’odeur synthétiquement fraîche qu’il essuie à l’aide de papier hygiénique. Il s’installe et se soulage la vessie.
Lentement, les minutes s’écoulent.
Frank entend la porte s’ouvrir, des pieds chaussés d’escarpins, puis le son creux de seaux en plastique, et enfin, le soupir de l’agent de nettoyage.
— Oh ! Il y a quelqu’un ?, dit-elle soudain.
Elle a remarqué le loquet rouge à la porte de son réduit.
— Oui, c’est Frank, je viens d’arriver.
— Oh ! Pardon !
Il écoute Sidonie s’activer dans la pièce puis s’occuper des cabines adjacentes. Il distingue un autre soupir alors qu’elle quitte les toilettes, une fois son travail terminé.
Avec le temps, il réfléchit à une idée pour se tirer de ce mauvais pas. Il lui faut le secours d’un ami : Raphaël. Bien le genre à poser des questions embarrassantes, mais un type secourable.
Bien, il est impossible, dans ce genre de circonstances, de dire la vérité. Frank se dit en souriant que si sa vie était régie par des principes moraux extrêmement stricts, même si le mensonge avait été pour lui le péché le plus grave, il n’aurait pu éviter, en cette occasion, de mentir. Quand surviennent des événements aussi déraisonnables, la vérité vous conduit en hôpital psychiatrique…
Il est entre quatre murs blancs étriqués ; il y a quelques instants, il se trouvait dans le noir — contraste dans lequel son corps blafard l’indispose lui-même. Etrange cette impression : c’est la première fois qu’il se trouve nu sur le siège des toilettes (chez lui, les WC sont séparés de la salle de bains). Une pesanteur grossière, honteuse, un peu pitoyable, lui, un homme si élégant…
Les personnes sont peu charitables. Si l’on venait à le surprendre ainsi, ce serait la mise à mort : les rires, le bouche à oreille, les yeux qui se baissent à son passage et la gêne.
Parce qu’il n’a rien à faire, nu, au bureau. Il n’y a aucune explication qui tienne dans la nudité.
Mais le sentiment qui revient, c’est le désarroi face au manque de commisération humaine. Aucune compassion à attendre, ou alors bien plus tard, quand on revient en pensée sur de lointains événements passés : — tu te souviens de Frank ? — Oui, et pas qu’un peu… — Tout nu, dans les toilettes… — Il avait pété un câble, ou quoi ? — Tu te souviens : on ne pouvait plus lui parler en face. Quand on parlait avec lui, il y avait ce fantôme nu qui se mettait entre les deux… — On n’aura jamais su le fin mot de l’histoire… Le pauvre, quand même, on lui a pas vraiment laissé le choix. — Tu crois qu’on aurait pu oublier un truc pareil ? — Non, mais… je n’sais pas… tout le monde a un jour un passage à vide. Là, c’était peut-être un peu trop spectaculaire... — Je me mets à sa place… Quelle histoire épouvantable.
Raphaël va passer aux toilettes ; avec un peu de chance il sifflotera un air, comme il fait des fois ; c’est la meilleure issue, c’est la seule issue.
Une, deux, trois, quatre personnes passent par les toilettes. Frank écoute avec attention : sur un sifflotement, une petite toux, un échange de voix, il pourra le reconnaître…
Qu’est-ce qu’il lui dira ? Rien ne lui vient pour le moment.
La porte s’ouvre ; des semelles souples de chaussures de sport qui chuintent sur le sol très légèrement collant de produit de nettoyage, un petit sifflotement : ce doit être lui.
Où aller ? Où fuir les regards ? Comment se tirer de là ?
Frank a faim et il a envie d’aller aux toilettes. Une impulsion : il est dans le couloir ; pas une âme, ouf ! Ses chaussures de tennis ne font aucun bruit sur la moquette ; il file à droite vers les toilettes les plus proches. Pourvu que personne de l’entretien n’y soit… Il entre. Le trolley de nettoyage stationne près des lavabos. Frank s’engouffre dans une cabine. Le siège est couvert d’un gel bleu à l’odeur synthétiquement fraîche qu’il essuie à l’aide de papier hygiénique. Il s’installe et se soulage la vessie.
Lentement, les minutes s’écoulent.
Frank entend la porte s’ouvrir, des pieds chaussés d’escarpins, puis le son creux de seaux en plastique, et enfin, le soupir de l’agent de nettoyage.
— Oh ! Il y a quelqu’un ?, dit-elle soudain.
Elle a remarqué le loquet rouge à la porte de son réduit.
— Oui, c’est Frank, je viens d’arriver.
— Oh ! Pardon !
Il écoute Sidonie s’activer dans la pièce puis s’occuper des cabines adjacentes. Il distingue un autre soupir alors qu’elle quitte les toilettes, une fois son travail terminé.
Avec le temps, il réfléchit à une idée pour se tirer de ce mauvais pas. Il lui faut le secours d’un ami : Raphaël. Bien le genre à poser des questions embarrassantes, mais un type secourable.
Bien, il est impossible, dans ce genre de circonstances, de dire la vérité. Frank se dit en souriant que si sa vie était régie par des principes moraux extrêmement stricts, même si le mensonge avait été pour lui le péché le plus grave, il n’aurait pu éviter, en cette occasion, de mentir. Quand surviennent des événements aussi déraisonnables, la vérité vous conduit en hôpital psychiatrique…
Il est entre quatre murs blancs étriqués ; il y a quelques instants, il se trouvait dans le noir — contraste dans lequel son corps blafard l’indispose lui-même. Etrange cette impression : c’est la première fois qu’il se trouve nu sur le siège des toilettes (chez lui, les WC sont séparés de la salle de bains). Une pesanteur grossière, honteuse, un peu pitoyable, lui, un homme si élégant…
Les personnes sont peu charitables. Si l’on venait à le surprendre ainsi, ce serait la mise à mort : les rires, le bouche à oreille, les yeux qui se baissent à son passage et la gêne.
Parce qu’il n’a rien à faire, nu, au bureau. Il n’y a aucune explication qui tienne dans la nudité.
Mais le sentiment qui revient, c’est le désarroi face au manque de commisération humaine. Aucune compassion à attendre, ou alors bien plus tard, quand on revient en pensée sur de lointains événements passés : — tu te souviens de Frank ? — Oui, et pas qu’un peu… — Tout nu, dans les toilettes… — Il avait pété un câble, ou quoi ? — Tu te souviens : on ne pouvait plus lui parler en face. Quand on parlait avec lui, il y avait ce fantôme nu qui se mettait entre les deux… — On n’aura jamais su le fin mot de l’histoire… Le pauvre, quand même, on lui a pas vraiment laissé le choix. — Tu crois qu’on aurait pu oublier un truc pareil ? — Non, mais… je n’sais pas… tout le monde a un jour un passage à vide. Là, c’était peut-être un peu trop spectaculaire... — Je me mets à sa place… Quelle histoire épouvantable.
Raphaël va passer aux toilettes ; avec un peu de chance il sifflotera un air, comme il fait des fois ; c’est la meilleure issue, c’est la seule issue.
Une, deux, trois, quatre personnes passent par les toilettes. Frank écoute avec attention : sur un sifflotement, une petite toux, un échange de voix, il pourra le reconnaître…
Qu’est-ce qu’il lui dira ? Rien ne lui vient pour le moment.
La porte s’ouvre ; des semelles souples de chaussures de sport qui chuintent sur le sol très légèrement collant de produit de nettoyage, un petit sifflotement : ce doit être lui.


1 commentaires:
Encore, encore ! Que va-t-il arriver à ce bon Franck ? Régalez-nous, Butin !
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